Terres dangereuses

Extrait de Le Continent Perdu, roman paru en 1899
Par C.J. Cutliffe Hyne (The Lost Continent)

Partout, les montagnes vomissent de la lave ; les tremblements de terre sont quotidiens, et le sol crache des vapeurs acides avec une telle soudaineté qu’on peut s’estimer heureux de s’écarter à temps. Des substances incolores et inodores empoisonnent les rivières. Des crevasses apparaissent à tout moment, ouvrant directement sur le magma en fusion. Les eaux s’y engouffrent, puis ressortent en geysers bouillants. De la roche en fusion et des boues acides jaillissent du sol sans avertissement.

Pour finir, il existe dans les Terres Dangereuses se sombres forêts peuplées d’arbres millénaires. De l’eau coule au pied des troncs et l’air est en permanence chargé de vapeurs.

Vivre dans cette moiteur perpétuelle est désastreux pour la vigueur d’un homme. Hélas, il en faut beaucoup, et beaucoup d’intelligence aussi, car ces terres sont le domaine des reptiles les plus redoutables que nous ayons à combattre.

Il y a des centaines de variétés de ces monstres. Contre certaines, un homme peut lutter avec quelques chances de succès ; face à d’autres, de taille démesurée, tout affrontement est sans espoir.

Lors de mon séjour dans les Terres Dangereuses, je vis un reptile géant sortir d’un lac où il avait pêché sa nourriture du jour. Quand il marchait, la terre tremblait sous ses pas : il aurait pu gober toute crue la monture préférée de Phorenice. Selon toute vraisemblance, la charge d’une horde de mammouths l’aurait à peine ébranlé. Des plaques d’écailles vertes couvraient son corps et sa tête ; sa colonne vertébrale, ses pattes et sa queue étaient hérissées d’épines qui arrachaient de grands pans d’écorces aux arbres quand il passait trop près.

Parfois, ces horribles créatures s’abiment dans une fissure. Hélas, la chose n’est pas fréquente. Étonnement rapides pour leur taille, les grands reptiles ne manquent pas non plus de jugement. Ils semblent deviner quand les montagnes vont cracher leurs flots de lave. Alors, humblement, ces bêtes plus hautes que certains palais s’enfoncent dans les lacs ou s’immergent dans des marécages.

Leur constitution leur permet d’affronter mieux que l’homme le plus grand péril des Terres : l’extrême chaleur de l’eau ne les dérange pas. J’en ai vu nager dans des rivières alors qu’elles se muaient en marmites d’eau bouillante. De mes yeux, j’ai observé un de ces maîtres du monde sauvage occupé à traverser le torrent de lave qui menaçait de la couper de son territoire.

Voilà dans quel environnement et avec quel voisinage commença ma nouvelle vie, plus pénible et risquée que tout ce que j’avais enduré jusque-là.

Terres dangereuses

Il existe dans les Terres Dangereuses se sombres forêts peuplées d’arbres millénaires. Photo : Univers.Grandquebec.com

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