Recherches sur l'Atlantide

Toutes les écoles de pensée atlantidiennes sont reflétées peu ou prou par la fiction, que ce soit les commentateurs rigoureux admettant la sincérité de Platon et essayant d’interpréter son récit comme une légende greffée sur des faits authentiques, ou ceux admettant les précisions scientifiques de Platon et les confirmant même par des considérations scientifiques, mais se réservant de discuter les enseignements historiques du philosophe.

Quelques chercheurs sérieux du continent perdu de l’Atlantide sont renommés à leur époque : Pierre Termier, qui émet l’hypothèse d’un « pont atlantique » entre l’Ancien et le Nouveau mondes ; Herman Wirth, qui tient l’Atlantide pour un empire hautement civilisé du Nord, situé en Islande ; le Dr Gidon qui localise l’île engloutie dans la Manche et rapproche les Atlantes des Celtes ; Adolf Schulten qui étudie la cité de Tartessos en Espagne, etc.

Loin de dissiper les ambiguïtés, les théories scientifiques sérieuses viennent parfois encourager les investigations des « atlantomanes » : l’évolutionnisme darwinien, les travaux du géologue Lyell et du botaniste Kuntze, la dérive des continents avancée par Wegener en 1915.

En outre, les découvertes archéologiques exercent une influence certaine sur la littérature atlantidienne du début du XXe siècle, confirmant l’impact fabulateur des découvertes scientifiques sur l’imaginaire contemporain.

Les archéologues pourraient bien découvrir des vestiges de l’Atlantide puisque les fouilles entreprises par Sir Arthur Evans en Crète aboutissent à l’exhumation de Cnossos en 1900. Le 19 février 1909, le Times de Londres publie un article intitulé « Le continent perdu ». Son auteur, K.T. Frost, y suggère que l’Atlantide de Platon a pu avoir pour modèle la civilisation minoenne.

Le mythe du continent perdu s’insinue ainsi dans les esprits, une certaine confusion étant entretenue par les magazines de l’époque qui publient dans les mêmes fascicules des articles scientifiques et des histoires de mondes perdus, telles que Le Continent perdu (1899) de C.J.C. Hyne.

Après quelques « prophètes scientifiques » (Ignatius Donnelly ou Auguste Le Plongeon) vient un nouveau prophète de l’Atlantide, le docteur Paul Schliemann qui se prétend petit-fils du grand Henri Schliemann, le découvreur de Troie en 1873, Adoptant la méthode de Donnelly et Le Plongeon, ce mystificateur bâtit une sorte de mauvais roman contant l’histoire du continent englouti en se référant à un manuscrit vieux de 4 mille ans trouvé dans un temple au Tibet.

À la lecture du « Rapport Schliemann », on mesure l’étroite marge qui sépare le canular archéologique du roman d’aventures. Dans ce rapport trouvera en effet nombre d’ingrédients de la narration romanesque ; le secret transmis à un petit-fils par son grand-père mourant, le manuscrit à déchiffrer, l’inscription hiéroglyphique, les énigmes archéologiques (Tihuanaco), la quête du trésor à travers le monde, l’exploration des pyramides, les thèmes associés du cataclysme et du « pays Mu ».

Sources :

  • Lauric Guillaud. Le Cercle de l’éternel déluge.
  • G. Rachet. « Un canular, le rapport Schliemann ».
  • Lieux énigmatiques, Éd. Time-Life, Amsterdam, 1988.

canular

La marge qui sépare le canular archéologique du roman d'aventures est très étroite. Illustration : Megan Jorgensen

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