La mythologie et le fantastique

Les nouvelles Atlantides

Il apparaît que plusieurs romans atlantidiens historiques, par leurs emprunts à la mythologie ou à la légende, s’enracinent dans un monde de l’origine, exprimant la vision d’une histoire fabuleuse à jamais recommencée, cadre mythique qu’ils partagent avec les œuvres d’heroic fantasy.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, l’Atlantide est redécouverte par des explorateurs qui rencontrent les ultimes rescapés du continent mythique. La quasi-inaccessibilité du pays perdu (fond des mers, poches souterraines, île non portée sur les cartes), va de pair avec la perfection du monde atlante qui sut sauver l’élite intellectuelle et mettre le peuple à l’abri de la convoitise humaine en rebâtissant la cité originelle dans un espace clos, protégé des intempéries et de l’humanité extérieure, parfois même hors de la Terre (Aélita d’Alexis Tolstoï, parue en 1923).

La puissance technique est le seul point commun des Atlantides modernes et de leur antique modèle. Mais là où l’auteur du Critias parlait de perfection architecturale, les romanciers parlent de pouvoirs scientifiques préservés du cataclysme, ce qui trahit le sens du récit initial, Platon n’ayant bâti sa fable du progrès matériel que pour en déplorer les conséquences funestes. Le mythe infiltré par la science-fiction cède la place à une apologie déguisée de la science.

Dans ces œuvres, l’accent est souvent mis sur la supériorité morale et sociale des Atlantes, ainsi que sur les outils qui ont valu à l’antique civilisation une survie exceptionnelle.

Le roman peut même se muer en propagande pro-capitaliste, dans The Hidden City de W. H. McDougall, paru en 1891, en utopie pro-socialiste dans Atlantis, publié en 1902 ou dans Geyserland de Hatfield (1908). Il peut se présenter comme une satire de la vie américaine dans The Sunken World de S.A Colbentz (1928) ou enfin comme dystopie antisocialiste dans The Marble City (1895) de R.D. Chetwode et dans The Scarlet Empire (1906) de D.M. Parry.

Il arrive que science fiction et utopie fassent bon ménage lorsqu’il s’agit de dresser un décor futuriste soulignant le haut niveau scientifique des Atlantes. Ceux-ci ont aussi édifié des dômes sous-marins (Atlantis d’André Laurie, The Great Secret de H. Nisbet, The Scarlet Empire, The Sunken World ou des cités sous terre (Intermere, The Light in the Sky de Clock et Boetzel), et disposent de techniques ultra-perfectionnées (The Hidden City, Atlantis, The Ultimate Island, Les Pacifiques de Han Ryner).

Mais si l’écrivain brosse un tableau euphorique de l’utopie, c’est pour mieux subvertir, en introduisant le chaos au sein d’un ordre apparemment immuable, fragilisé par l’intrusion des hommes d’aujourd’hui. Par là même, le roman renvoie au mythe platonicien qui s’inscrivait selon les philosophes, dans la chaîne de fléau naturel, cyclique : « il y a eu souvent et il y aura encore souvent des destructions d’hommes causées par le feu et par l’eau, et d’autres moindre par mille autres choses », disait le vieux prêtre égyptien.

Ainsi la fatalité frappe l’Atlantide pour la seconde fois : celle de The Scarlet Empire est détruite par la fuite du visiteur, celle de The Ultimate Island s’abîme dans les mers avant l’invasion, celle de The Sanken World s’abandonne à quasi-suicide collectif, celle de The Light in the Sky est victime de ces propres armes d’anéantissement.

Monde de technologies futuristes, l’Atlantide porte toutefois l’empreinte de mystérieux pouvoirs ancestraux légués à l’élite survivante. Au progressisme scientiste se substitue le régressisme magique de l’« antique sagesse » et de la puissance occulte, symbole numineux de splendeur divine de l’Atlantide éternelle. Ainsi s’expliquent les pouvoirs hypnotiques descendants atlantes dans The Power of Ula, la force universelle dans A Child’s Story of Atlanits, l’étrange force antigravitationnelle héritée des Atlantes dans Jimgrim (1930) de T. Mundy, les esprits gardiens de l’antique civilisation dans The Turning Wheel (1928) de P. Creswick, ou les étonnantes facultés paranormales du nain survivant d’Atlantis dans the Marbled Carskin.

fatalité frappe encore

La fatalité frappe l’Atlantide encore et encore… Image : © Megan Jorgensen

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