Les miroirs de Tuzun Thune

(Le Roi Kull, par Robert Howard)

Le plafond était couvert de grands miroirs, et les murs étaient des miroirs, parfaitement joints, bien que de nombreuses tailles et de formes variées.

- Les miroirs sont le monde, Kull, fit doucement le magicien. Contemple mes miroirs et découvre la sagesse.

Kull choisit un miroir au hasard et le fixa intensément. Les miroirs du mur d’en face s’y reflétaient et en reflétaient d’autres, de telle sorte qu’il avait l’impression de regarder au fond d’un long couloir lumineux, formé par tous ces miroirs ; et tout au fond de ce couloir il y avait une silhouette minuscule. Kull la regarda longtemps avant de comprendre que c’était son propre reflet. Il la fixa et une singulière impression de petitesse l’envahit ; on aurait dit que cette silhouette minuscule était le vrai Kull, représentant ses véritables proportions. Aussi il se détourna et se plaça devant un autre miroir.

- Regarde attentivement, Kull. C’est le miroir du passé, lui dit le magicien.

Un brouillard gris occulta la glace, de grands tourbillons de brume se soulevant et se transformant, tel le fantôme d’un grand fleuve. ; au travers de ces brumes, Kull apercevait des visions fugitives, horribles et étranges ; des bêtes et des hommes allaient et venaient, et des formes qui n’étaient ni des bêtes ni des hommes ; de grandes fleurs exotiques au-dessus de marais fétides où se vautraient et mugissaient de monstrueux reptiles ; le ciel était livide, peuplé de dragons volants, et les mers agitées grondaient et leurs vagues battaient sans fin des rivages boueux. L’homme n’existait pas encore, l’homme était un rêve des dieux, et étranges étaient les formes de cauchemar qui se glissaient à travers les jungles horribles. Des batailles et des massacres avaient lieu là-bas, et des amours effroyables. La Mort était là, car la Vie et la Mort marchent main dans la main. Sur les plages visqueuses du monde retentissait le mugissement de monstres et d’incroyables formes surgissant à travers le rideau ruisselant d’une pluie incessante.

- Celui-ci représente l’avenir.

Kull regarda en silence.

- Que voies-tu ?

- En mont étrange, dit Kull d’une voix pesante.

Les Sept Empires tombent en poussière et sont oubliés. Les vagues vertes grondent éternelles à les lies au-dessus des collines éternelles de l’Atlantis. Les sommets de la Lémurie de l’ouest sont les îles d’une mer inconnue. D’étranges sauvages parcourent les antiques contrées, et de nouvelles régions ont surgi des profondeurs, défiant des anciens sanctuaires. La Valusie a disparu et toutes les nations d’aujourd’hui ; les hommes de demain, sont des étranges. Ils ne nous connaissent pas.

- Le temps ne revient pas en arrière, - déclara Tusun Thun calmement. Nous vivons aujourd’hui ; pour quoi nous soucier de demain… ou d’hier ?

- La roue tourne et les nations surgissent et disparaissent ; le monde change et le temps retourne à sa sauvagerie pour se lever de nouveau vers la civilisation au cours des âges. Avant qu’Atlantis soit, la Valusie existait, et avant la Valusie, il y avait les anciennes nations. Oui, nous aussi nous avons piétiné de tribus oubliées dans notre marche en avant. Toi qui es venu de vertes collines baignées par la mer d’Atlantis pour t’emparer d’atlantique couronne de Valusie, tu penses que ma tribu est très vieille… Nous qui avons régné sur ces terres avant la venue de Valusie de l’est, au temps où l’homme n’existait pas encore dans les régions de la mer.  Mais des hommes viviaient ici lorsque les anciens tribus ont quitté leur terres désertique, et d’autres hommes avant celles-là, et d’autres tribus avant celles-là. Les nations passent et sont oubliées, car telle est la destinée de l’homme.

- Oui, murmura Kull. Pourtant, n’est pas dommage que la beauté et la gloire des hommes disparait comme une brume au-dessus d’une mer d’été ?

- Pour quelle raison puisque tel est leur destin ?

- Je ne regrette pas les gloires enfuies de ma race, et je ne me soucie pas des races à venir. Vis maintenant, Kull, vis maintenant. Les morts sont morts, ce qui ne sont pas encore nés n’existent pas. Qu’importe si les hommes t’oublient, quand tu seras toi-même oublié dans les mondes silencieux de la mort ?  Contemple mes miroirs et découvre la sagesse.

Kull choisit un autre miroir et le contempla.

- C’est le miroir de la plus grande magie ; que voies-tu, Kull ?

- Rien que moi.

- Regard plus attentivement, Kull. Est-ce vraiment toi ?

Kull fixa le grand miroir et l’image qui était son reflet lui rendit son regard.

cigne du lac

La roue tourne et les nations surgissent et disparaissent … (Atlantides, les îles englouties). Illustration : © Univers.GrandQuebec.com

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