La lumière d'or

Le jour où la Terre trembla

Récit de la grande aventure vécue par Bastin, Bickley et Arbuthnot (When the World Shook, par Henry Rider Haggard, traduction de Jacques Finné, roman paru en 1919)

Nous sortîmes du palais royal dont nous n’avons vu qu’une salle d’entrée et l’immense pièce où trônait Oro, puis traversâmes un espace ouvert, à qui l’absence de toute végétation et de toute manifestation de vie conférait un caractère lugubre, insupportable, avant de nous diriger vers une construction gigantesque, isolée aux proportions monstrueuses, construite en pierre noire, vraisemblablement en marbre.

Je ne trouve les mots qui donneraient l’impression de la terrible solennité qu’émanait de cet édifice, le seul de la ville à posséder un toit. Il se dressait altier, au milieu de cette lumière brillante, constante, surnaturelle qui jaillissait de nulle part, mais éclairait tout lieu. Elle s’immisçait même partout : lorsque l’un d’entre nous levait le pied, elle se glissait entre la semelle de la botte et le sol – en d’autres termes, la botte ne projetait pas d’ombre.

Je me dis à présent que, peut-être, cette absence totale de contrastes ne constituait la circonstance la plus éprouvante, la plus terrible en relation avec cette incroyable lumière omniprésente. Ce fut dans cette illumination inhumaine que nous nous approchâmes du temple. Nous franchîmes trois cours tout ceintes de piliers, et parvînmes devant l’édifice lui-même qui nous parut d’emblée plus impressionnant que la cathédrale Saint-Paul de Londres.

Nous entrâmes par de gigantesques portes grandes ouvertes et nous arrêtâmes sous la coupole principale. Nulle fenêtre ne perçait l’édifice. À quoi aurait-elle servi d’ailleurs, dans une ville où la lumière s’infiltrait dans le moins recoin, indiscrète ? Plus étrange : nous ne découvrîmes aucune déclaration, aucune ornementation, rien, hormis les murs noirs. Et pourtant, de cette construction ingrate, émanait une impression générale de beauté et de grâce majestueuse.

humanite et or

« Nous sommes les abeilles de l’Univers. Nous butinons éperdument le miel du visible pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’invisible. » (Rainer Maria Rilke, Écrivain de allemande né en 1875 et mort en 1926). Photo : Univers.Grandquebec.com

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