Atlantide dans la littérature du XIXe siècle

À partir du XIXe siècle, sur  le plan littéraire, les romantiques allemands offrent du mythe atlantidien une lecture qui reflète les vues scientifiques des philosophes de la Nature. Le roman inachevé de Novalis, Henri d’Ofterdingen (1802) et le conte d’Hoffmann, le Vase d’or (1814), renvoient à un paradis dont les hommes ont perdu la mémoire pour s’être abandonnés à la religion de la Raison, substituant à la vision d’un royaume disparu celle d’un monde régénéré. Le mythe de l’âge d’or renaît, tel le phénix.

Vers la deuxième moitié du XIXe siècle, se développe une véritable littérature atlantidienne qui entretient la confusion entre science et imaginaire. En 1855, Jacob Kruger reprend l’opinion périmée qui identifiait l’Amérique avec l’Atlantide. Le poète allemand Robert Prutz s’efforce en outre de démonter que les Phéniciens avaient découvert l’Amérique…

L’ouvrage de E.F. Berlioux, Les Atlantes, paru en 1874, marque le point de départ des Atlantides africaines, en tentant de démontrer que le continent perdu se trouve dans les monts Atlas. Leo Frobenius le situe par contre dans la région de Bénin au Nigeria, Knotel en Afrique du Nord, Borchardt et Herrman en Tunisie. Le romancier Pierre Benoît s’inspire de la légende de l’ancêtre mythique des Touareg connue sous le nom de Tin-Hinan pour se célèbre Atlantide, perdue dans le Hoggar (1919).
Tout naturellement, ces ouvrages où le fantastique le dispute au légendaire éclipsent presque totalement les livres plus sérieux et donc fastidieux. Les théories scientifiques sont mises sous l’éteignoir par des ouvrages de pseudoscience qui connaissent un grand  succès populaire à l’aube du XXe siècle, en particulier ceux de l’Américain Ignatius Donnelly et du Français Augustus Le Plongeon.

L’Atlantide s’est partagé avec d’autres « civilisations » tout aussi hypothétiques, comme la Lémurie ou Mu, ou même historiques comme celle de l’Égypte, l’honneur d’être placée à l’origine de toutes les cultures humaines. Ce « diffusionnisme » atlantéen est inauguré par Ignatius Donnelly, dont l’Atlantis, the Antediluvian World (1882) est constamment réimprimé. Bien qu’il soit un tissu d’à-peu-près, l’ouvrage devient en quelque sorte la bible de l’atlantisme.

Selon Donnelly, l’Atlantide aurait été le point de départ de notre civilisation actuelle. Fasciné par la philologie, Donnelly croit pouvoir rapprocher l’alphabet maya de Landa, publié par l’abbé C.E. Brasseur de Bourgourg, des hiéroglyphes égyptiens, et se vante d’avoir découvert les similitudes de langage entre les Chinois et les Indiens Otomi de Mexico.

Après avoir étudié la tradition universelle du Déluge et avoir exclu la possibilité d’une ressemblance de hasard, Donnelly avance une seule origine possible, selon lui : l’Atlantide. Malgré son manque de rigueur scientifique, l’ouvrage de Donnelly se vendra pendant  des années à des milliers d’exemplaires.

Sans le vouloir, et de façon primaire, Donnelly fait œuvre de mythologue, recensant les plus ancienne traditions des peuples perdus afin d’en démontrer l’universalité. C’est cette quête maladroite des origines de la civilisation qui explique la surprenante adhésion des lecteurs de l’époque, avides de retrouver la voie perdue de la croyance, dans un monde en pleine mutation. Ainsi s’explique parallèlement le succès des romans de mondes perdus atlantidiens, marqués par un retour aux origines et aux mythes paradisiaques de l’âge d’or et influencés par la para la vague d’occultisme qui déferle alors sur l’Europe et l’Amérique.

(D’après Lauric Guillaud)

myths éternels

L'Atlantide : manque de rigueur scientifique et le mythe éternel. Illustration : Megan Jorgensen

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