Lémurie et Mu

Le succès des romans de mondes perdus atlantidiens s’explique en partie par le fait qu’ils soient marqués par un retour aux origines et aux mythes paradisiaques de l’âge d’or et influencés par la vague d’occultisme qui déferle sur l’Europe et l’Amérique au cours du XIXe siècle.

Sous l’insolite égide de la science et de l’occultisme, l’on exhume alors d’autres civilisations englouties.

L’invention de la Lémurie, continent de l’époque tertiaire qui se serait abîmé dans les eaux de l’océan Indien, date de 1830. Ce « continent » doit son nom et sa parution au zoologue anglais Philip Sclater qui forge le nom du continent d’après les restes de primates – les « lémures » - découverts à Madagascar et en Malaisie.

Vers 1870, les évolutionnistes comme A.R. Wallace et Ernest Haeckel avanceront l’hypothèse de l’existence de ce continent perdu à jamais, berceau de l’humanité.

Plus tard, la théosophie va se passionner pour la Lémurie, avec à sa tête le médium russe Mme Blavatsky qui va faire des Lémuriens des géants pourvus de pouvoirs télépathiques. Selon Mme Blavatsky, la Lémurie aurait été engloutie bien avant l’Atlantide, il y a des millions d’années, D’autres disciples prolongeront ses travaux, comme W. Scotte-Elliot avec The story of Atlantis and the Los Lemuria, parue en 1896. Cette œuvre, l’on pourrait l’apparenter à l’heroic fantasy par ses extravagances (évolution excentrique, être hybrides, réincarnation, etc.).

Pourtant, si la Lémurie est au départ d’origine scientifique, le nom du continent Mu est, lui, d’emploi purement ésotérique ; il désigne le continent englouti dans les profondeurs du Pacifique par un gigantesque effondrement. Ce cataclysme aurait été une exacte compensation géologique au formidable soulèvement de la cordillère des Andes.

L’origine du terme Mu est plutôt curieuse : en 1864, en tentant de traduire un texte maya, le codex Troano, Brasseur de Bourboug croit découvrir les symboles M et U et en déduit l’existence d’un ancien continent dénommé Mu.

Auguste Le Plongeon est le premier archéologue à effectuer des fouilles dans les ruines maya du Yucatan. À l’aide de la « traduction » de Basseur et de quelques dessins trouvés sur les murs de Chichén Itza, Le Plongeon reconstitue la chronique romanesque de Moo, reine de Mu et se livre à des conjectures philologiques fort hasardeuses.

À la suite, le colonel John Churchward, affirmant avoir été initié par des prêtres hindous aux secrets de Mu, dans son récit Le Continent perdu de Mu (1926)datera  de 13 000 ans la disparition de ce mystérieux continent qui s’étendait du détroit de Béring à l’Australie et de l’Inde à la Californie. M. Churchward explique les énigmes archéologiques de l’île de Pâques, archétype de l’île mystérieuse de Jules Verne, et de Ponapé (Nan Matal), la ville en ruine des îles Carolines, qui inspirent parallèlement la plume des romanciers de mondes perdus.

Ce romantisme « archéologique »  concernant la Lémurie et le Mu, va aussi ranimer le souvenir d’un continent perdu sous les glaces arctiques, l’Hyperborée grecque qui aurait joui, à une période très reculée, d’une végétation et d’un climat tropicaux… « une île flottant sur les glaces » qui se confond avec la Thulé romaine. On retrouve l’idée d’un continent édénien primitif abritant un peuple puissant de race nordique.

science et imposture

Derrière la science affleure la légende, voire l’imposture. Illustration : Megan Jorgensen

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