Jules Verne et Atlantide

Jules Verne fait ouvre de précurseur même pour le thème Atlantide, car, il semblerait que le premier roman atlantidien anglo-saxon remonte à 1886, bien après les premiers œuvres de Verne se référant peu ou prou au mythe platonicien. En outre, les Atlantides verniennes, au nombre de sept, reflètent l’évolution du thème.

Des aventures du capitaine Hatteras (1866), où la présence de l’Atlantide est hypothèse géographique, à « Éternelle Adam » (1910), publication posthume parfois attribué à son fils ou il est le fil conducteur du récit, l’image mythique s’en verse, passe des étapes intermédiaires (Vingt mille Lieues sous les mers, 1870, et l’Île Mystérieuse, 1874). En quarante années de création romanesque, l’Atlantide initialement associée au jardin d’Hespéride quitte son statut de pays merveilleux pour devenir « l’île-épave, lieu prosaïque par excellence, où les rescapés du déluge luttent contre la faim, l’intempéries et la perte du langage.

À l’instar du pôle atteint par Hatteras, véritable « Terre promise » l’Atlantide émergeait, dont Nemo traverse les vestiges, représente un de ces « points suprêmes » qui permettent aux héros verniens de fouler le sol primordial : « Je marchais là même où avaient marché les contemporains du premier homme ! Quant à Arronax, il suppose qu’« un jour, peut-être, quelques phénomènes éruptifs les ramènera à la surface de flotte, ces ruines englouties ».  Le désastre atlantidien, prototype poétique de bouleversements telluriques deviendra peu à peu un repère mythique contribuant « à donner une dimension eschatologique » à l’œuvre de Jules Verne, la figure sinusoïdale de surgissement et d’engloutissements venant illustrer la très ancienne théorique de l’éternelle retour.    

Cette parenthèse s’imposait, d’une part parce que Vingt Mille Lieues sous les mers, traduit en anglais en 1873, connut un grand succès littéraire dans les pays anglo-saxons et introduisit le motif atlantidien dans le roman d’aventures, et d’autre part parce l’évolution même de l’œuvre atlantidienne de Verne correspond à celle du mythe dans la fiction romanesque : dans un premier temps, le voyageur explore les ruines majestueuses du continent disparu (1870), puis on observe une transition vers une vision sombre du mythe (L’île mystérieuse, paru en 1874), le motif « arcadien » s’inversant en motif « diluvien », jusqu’au « Nouvel Adam » qui se conclut sur le choc pathétique de la révélation des cycles de l’humanité ; ce que Valéry traduira à sa façon : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ».

(Le Cercle de l’éternel déluge, par Lauric Guillaud).

civilisation mortelle

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». (Paul Valery, philosophe, poète, écrivain français). Illustration Megan Jorgensen

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