La fin d'Illa

José Moselli

… Illa n’est qu’une ville : Elle se compose d’un mamelon affectant la forme d’un cercle parfait. Qu’on se figure un cylindre d’un diamètre de dix-sept kilomètres et d’une hauteur de 700 mètres. Telle est Illa. Le cylindre est creux. Elle renferme les habitants, les monuments d’Illiens.

Chaque habitation communique avec l’extérieur, au moyen d’un puits vertical. Au-dessus de ce puits, des miroirs paraboliques, qui se déplacent automatiquement, au moyen de la force fournie par le sélénium, de façon à suivre le mouvement apparent du Soleil dans le ciel et à diriger ses rayons caloriques et lumineux à l’intérieur des habitations, sont installés. Le dessus de la ville forme une immense terrasse au centre de laquelle se dresse la pyramide de pierre dure où se tient le Conseil Suprême. À la base de cette pyramide sont des casemates renfermant les machines à sang, les abattoirs, les étables des hommes-singes. Plus bas sont les ouvertures des puits du métal par excellence, autour desquels coulent les sources de l’Appa ; non loin de mines, les oubliettes, où on meurt lentement de faim…

Jusqu’à ces dernières années, Illa, maitrise du monde, paraissait invulnérable. Les courants magnétiques émis par les pylônes dissimulés dans la pyramide de pierre suffisaient à partager la ville, rendant fou tout ce qui ne s’approchait dans un certain rayon. Mais les Nouriens ont réussi à neutraliser les vibrations magnétiques, et il a fallu trouver autre chose.

La vie, à Illa, est heureuse, mais monotone.

Moi, je n’aime que la guerre et le combat.

À Illa, tout est calme. Les Illiens n’ont aucun effort à faire. Le mélange de verre et de métaux dont sont faits les planchers des maisons produisent des émanations magnétiques, dont la force est calculée pour contrebalancer les 97 centimètres des effets de la gravitation. Ainsi, un homme pesant cinq kilo n’en pèse plus que 3. Il peut ainsi se mouvoir avec un effort infime et ce sans supporter par l’air comme un nageur par l’eau. Ses pas effleurent le sol.

Les accumulateurs de lumière font régner dans les cent et un étages dont se composent les maisons d’Illa une clarté constante.

En intervalles réguliers, les machines à sang irradient des courants osmotiques qui font passer dans les tissus des Illiens la nourriture nécessaire à l’entretien et à la prolifération de cellules, et cela sans qu’ils se rendent compte.

Les cimetières ont été supprimés depuis deux siècles. Les courants électriques désagrègent les corps, les dissocient, et la désagrégation de cette matière humaine dégage une énergie formidable qui sert à produire les courants magnétiques protecteurs d’Illa.

Et Rair règne. Rair, un cerveau, une machine à calculer, pas de cœur ni de nerfs.

Celui qui a imaginé les machines à sang, le chef d’œuvre de la création, assure-t-il. Il vit seul, dans la salle des machines, dans la crypte située sous le sommet de la pyramide. Et le Conseil Suprême lui obéit. Son petit-fils, Toupahou, le fiancé de ma fille Silmée, est un brave, un garçon comme moi qui aime les combats, les luttes, qui méprisent faiseurs d’équations. Son grand père le sait et ne l’aime guère. .. Il est capable de tout, Rair, et son homme, Limm, est pire que lui…

fin d'illa

Les accumulateurs de lumière font régner dans les cent et un étages dont se composent les maisons d’Illa une clarté constante. Illustration : Univers.GrandQuebec.com

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