Édens du passé

Fidèle à sa destinée cyclique, la vague atlantéenne a connu des crues et des creux. Après 1945, quelques auteurs ont tenté de maintenir le mythe en survie artificielle : J. Prieur (Navires pour l’Atlantide, 1947), F. Ashton (The Breaking of the Seals et Alas, That Great City, 1946-1948), P. Groom (The Purple Twilight, 1948), J. C. Pwys (Atlantis, 1954) et plusieurs autres.

Toutefois, visiblement, le thème est exsangue, et la science-fiction a les yeux tournés plutôt vers les étoiles du futur que vers les édens du passé.

Certes, le cinéma use parfois du thème (Atlantis, the Lost Continent, 1961 ; Warlords of Atlantis, 1978), ou même la télévision (L’Homme d’Atlantis, 1977), mais c’est l’essor de l’heroic fantasy qui va redorer le blason des Atlantides littéraires. Cija, la trilogie atlantidienne de Jane Gaskell (The Serpent, Atlan et the City, 1963-1966) popularise de nouveau le thème en le teintant d’érotisme et de magie. Paradoxalement, le mythe se ressource grâce aux recettes du passé : The Romance of Atlantis, paru en 1975, de T. Caldwell réactive le motif de la réincarnation. La Chute d’Atlantis (The Fall of Atlantis, 1985) de Marion Z. Bradley retrouve le charme des affrontements manichéens d’antan, et The Last Guardian (1989) de David Gemmel ressuscite… Noé, éternel rescapé du Déluge.

La boucle est bouclée. De même que les mythes ne cessent de muer, la fiction des continents perdus confirme que toute « production » littéraire n’est que « reproduction ». Tout thème archaïque englouti par l’histoire peut un jour « refaire surface ». D’ailleurs, la croyance est bien établie, en Bretagne, que la ville d’Ys n’est qu’« endormie » sous les flots, et qu’elle peut resurgir un jour. L’Atlantide, ou l’éternel retour…

(D’après Lauric Guillaud).

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Atlantide : un myth teinté d'érotisme et de magie. Illustration : Megan Jorgensen

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