La destruction de l’Atlantide

Extrait de Le Continent Perdu, un roman paru en 1899
Par C.J. Cutliffe Hyne (The Lost Continent), traduction : Gilles Dupreux

- Regarde ! Cria Zaemon de sa voix chevrotante.

Il pointa un doigt vers la cité. Tournant la tête, j’aperçu un spectacle familier : l’estuaire, la ville (sans ses murs, néanmoins), les montagnes de feu environnantes …

Tout semblait comme à l’accoutumée. Dans le ciel bleu, notre Seigneur le Soleil brillait merveilleusement, comme s’il avait voulu réchauffer le cœur des hommes…

Pourtant, un frisson glacé courut le long de mon échine. Paisible, ce paysage? Qui, à quelques détails près.

Les montagnes de feu fumaient plus que d’habitude, certaines crachaient même des rocs chauffés au rouge.

La mer paraissait étreinte d’un étrange désordre. Quelque chose se préparait dans ses profondeurs…

Je vis les premières vagues. Rien d’inquiétant. Puis des déferlantes se formèrent, de plus en plus hautes. À ce rythme, les basses terres de la côte seraient bientôt submergées.

Quelques minutes suffirent. Paralysé de terreur, je vis la mer engloutir le port, el lécher les pieds des premières maisons.

La voix de Zaemon me tira de ma torpeur :

- Tu as vu ?

- Oui.

- Et tu comprends ?

- En partie, seulement…

- Je vais tout te dire, Deucalion. Ceci est le commencement, et la fin suivra vite. Les dieux qui nous regardent depuis les étoiles ont beaucoup de patience. Mais elle n’est pas inépuisable. La voilà qui atteint ses limites ! La capitale et l’Atlantide tout entière sont condamnées à la destruction. Depuis longtemps, il était patent que les péchés des hommes auraient ce terrible coup de balai divin pour conséquence. L’Arche des Mystères fut construite sous la supervision des dieux. Aucune arme ne peut endommager sa coque, le vent et les vents sont incapables de la renverser. Dans les cales, sont consignées sur des plaques les connaissances qui n’appartiennent pas au bagage intellectuel des gens du commun. Il y a aussi du grain et des jarres d’eau douce. Deux personnes ont de quoi subsister pendant quatre ans. On trouve également des graines, des armes, et d’autres objets indispensables…

… L’Atlantide était en train de sombrer. L’océan balayait sur son passage. Les plaines n’étaient plus que des lacs, et la capitale avait disparu à tout jamais. Seules les montagnes de feu gardaient la « tête » hors de l’eau.

Elles crachaient des rocs, de la lave, de la vapeur. Tout autour, les flots charriaient des troncs arrachés, des cadavres d’animaux.

En quelques minutes, toutes les créatures vivantes du continent avaient été englouties.

Toutes? Non! Dans le lointain, je distinguai une demi-douzaine de galères. Elles dérivaient au-dessus de ce qui était jadis une forêt.

Une vague, puis deux… les bâtiments furent happés par la gueule avide de l’océan.

À l’exception des monstres marins, des poissons et de quelques grands reptiles amphibies, la vie n’était plus qu’un souvenir.

Restaient les hommes réfugiés au sommet de la Montagne Sacrée. Ils n’en n’avaient plus pour longtemps, car le continent s’enfonçait inexorablement.

destruction atlantide

L'Atlantide détruite. Photo : Univers.GrandQuebec.com

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