Le Destin, la Vie et la Mort

(tiré du Le jour où la Terre trembla, récit de la grande aventure vécue par Bastin, Bickley et Arbuthnot
When the World Shook, par Henry Rider Haggard, traduction de Jacques Finné, roman paru en 1919)

Sur un piédestal, un escalier, fort semblable à celui que nous avions découvert dans la caverne, mais bien plus imposant, nous discernâmes une silhouette assise, drapée dans manteau sur lequel on avait gravé une kyrielle d’étoiles, probablement pour symboliser le ciel. L’agrafe qui fermait le manteau suggérait la lune ascendante, et le tabouret sur lequel s’appuyaient les pieds de statue, un soleil stylisé. Celui-ci, coulé dans l’or le plus pur (ou dans un métal semblable à l’or) constituait le seul objet brillant dans l’obscurité du temple. Il était impossible de préciser si la silhouette représentait un homme ou une femme, car le manteau, qui tombait jusqu’au cheville en longs plis droits, cachait les formes avec une pudeur qui devait ravir Bastin.

La tête ne révélait rien, elle ne plus, le capuchon du manteau dissimulant la chevelure, et le visage aurait pu appartenir à un personnage masculin ou féminin. Son calme et sa solennité présentaient quelque chose de terrible et son expression générale, lointaine, mystique, rappelait celle de Bouddha, en plus sévère, toutefois. Sans le moindre doute le personnage était aveugle, impossible de ne pas évoquer la cécité lorsqu’on examinait les immenses orbites vides. Le manteau dissimulait aussi les bras et cette absence ne nous aidait pas à établir le sexe du personnage. Une épée nue reposait sur les genoux, seul détail un peu extraordinaire.  Dans sa simplicité cette statue était tout simplement superbe.

De part et d’autre du piédestal, s’agenouillait une silhouette grandeur nature. La première représentait un vieil homme desséché dont le visage portait déjà l’empreinte de la mort ; l’autre, une merveilleuse jeune femme, toute nue, les mains jointes dans l’attitude d’une prieuse, les traits vifs empreints d’une vague terreur.
Il me parut impossible de se tromper sur la signification de ce merveilleux groupe. Le personnage central représentait le Destin, foulant au pied du Soleil, enrichi de toutes les constellations, armé du glaive de la Destinée et qu’honorent  la Vie et la Mort. Je proposai cette explication aux deux autres.

Yva s’agenouilla  longtemps devant la statue, tête baissée, comme en pierre, et j’avoue avoir dû combattre le désir de suivre son exemple, même si enfin de compte je choisis un compromis. Bien vite, imité par Bickley, j’ôtai mon couvre-chef – l’habitude nous avait poussé à importer cet accessoire qui dans un lieu semblable à celui-ci, ne se révélait vraiment pas indispensable.  Seul Bastin conserva le sien.

- Voici les dieux de mon peuple, lui expliqua Yva. N’as-tu aucun respect pour lui, ô Bastin ?

- Pas beaucoup, j’avoue, - avoua-t-il, sauf si l’on ne considère que l’œuvre d’art. Voyez-vous, je vénère le Maître du Destin. Je pourrais ajouter que votre dieu ne semble guère s’être beaucoup soucié de vous, Mademoiselle Yva, puisque, de votre grandeur passée, il ne subsiste que deux personnes et une surabondance de vieux murs.

destin la vie et mort

C’est le Destin qui gère notre Vie et notre Mort. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

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