Atlantide et les Dieux

Dans les romans atlantidiens, l’atmosphère fantastique est souvent soulignée par nombre de références mythiques qui se mêlent parfois anachroniquement aux éléments du décor futuriste, soulignant la dualité profonde d’une Atlantide tournée à la fois vers l’avenir et vers le passé. Cette particularité renforce l’aspect eschatologique d’un mythe marqué par les schémas de destruction et de renaissance.

Par exemple, le mythe du Déluge dont l’événement a toujours été suivi d’une nouvelle humanité et d’une nouvelle histoire. En effet, le Déluge qui purifie et régénère comme le baptême, évoque l’idée de résorption de l’humanité dans l’eau, d’où les transpostions romanesques des Atlantides, gisant au fond des océans, abritant en leur seine une élite survivante (The Great Secret, A Child’s Story of Atlantis, La Ville du Gouffre, etc.), mais inéluctablement condamnée à disparaître à nouveau. L’Atlantide est frappée du sceau d’une malédiction divine suggérant que les « hommes finissent toujours, parce qu’ils ont laissé perdre les plus beaux des biens les plus précieux, par être chassés du paradis qui s’engloutit avec eux ».

Zeus qui a châtié l’Atlantide originelle, ne sauvera pas davantage la Nouvelle Atlantide qui s’enfonce dans une décadence fatale. Conformément à la chute originelle, le peuple atlante s’étiole, décrépit et stérile. Miraculés et maudits à la fois, les Atlantes sont décrits au gré des fantasmes évolutionnistes des romanciers. Les étranges mutations biologiques des Atlantes, emblématiques de leur déchéance morale, les renvoient parfois à une sous-humanité de type animal, comme les hommes-grenouilles de H. G. Wells (Dans l’abîme, 1896), les êtres aux pieds palmés de F. Ash dans The Sunken Island (1904), les créatures dégénérées de Visiak dans Medusa (1929), les divers types hybrides de Merritt dans Le Visage dans l’abîme, et les mutants amphibies de N. Schachner dans City Under the Sea (1939).

De même, la dégénérescence frappe les habitants de la Nouvelle-Atlantide décrite par R.H. Bolton dans In The Heart of the Silent Sea (1909), l’antique cité d’Opar évoquée par E. R. Bourroughs dans quatre aventures de Tarzan et le royaume de Yu-Atlanchi du Visage dans l’abîme. La cité maléfique de Negari, seul vestige d’Atlantis et de Mu, dans La Lune des Crânes (1930) de Howard, a aussi sombré dans une décadence qui a changé les hommes en démons. Solomon Kane, vengeur solitaire, aussi mélancolique que Kull, traque ces avatars de Satan au cœur des ténèbres africaines, dans une nouvelle échevelée, digne d’une bande dessinée.
Le monde atlante a parfois préservé ses créatures légendaires : « hommes fleurs » dans A Queen of Atlantis (1899) de F. Aubrey, amazones fabuleuses dans the Power of Ula, jardin des Hespérides dans The Great Secret, réactualisation du mythe de Mésude dans Medusa, a story of Mystery, découverte du corps d’Atlas, dernier roi d’Atlantis, dans A Bit of Atlantis de D. Erskine (John Buchan ?). Polaris et Minos de Sardanes dans Polaris and the Immortals, cité atlante d’Athensi au cœur de l’Atlas dans Radio Boys Seek Lost Atlantis (1923) de G. Breckenridge, où cité gréco-atlante de Troyana dans The Drums of Tapajos et Troyana (1930-1932) de S. P. Meek.

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C’est la décadence qui change les hommes en démons. Image : Megan Jorgensen

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