Musée des Formes de vie aliens

Jack McDevitt, Seeker

Le musée des Formes de vie aliens se situait au cœur d’un des parcs de Provno, dans un archipel des mers du Sud. Les parcs étaient largement dévolus aux édifices publics et aux réserves historiques. Les secteurs paysagers, circonscrits, commémoraient souvent des personnages historiques, proposant aussi parfois des lieux de recueillement favorables à la méditation. Au milieu des cours d’eau, des myriades de petites créatures venaient quémander un peu de nourriture aux mains des visiteurs.

L’architecture était hyperbolique avec ses toitures semblant jaillir comme autant de lames océaniques, ses tourelles inclinées à l’oblique, ses âmes s’élançant à la conquête des cieux. Les passants empruntaient de longues passerelles courbes qui donnaient parfois accès aux niveaux supérieurs. Un peu partout se dressaient des portiques aux lianes grimpantes à l’ombre desquels on pouvait tout simplement faire retraite pour mieux admirer la nature en ses œuvres. Tout semblait léger et fragile, aussi éthéré que le rayonnement solaire…

Le musée se dressait entre deux obélisques comparables sans être tout à fait identique toutefois. Taillé dans le marbre blanc, il englobait des arches, des colonnades et des passerelles ascendantes qui évoquaient ces puzzles pour enfants qu’on peut défaire et réassembler autant qu’on veut sans jamais obtenir rigoureusement la même chose. Une passerelle roulante m’amena à l’entrée. Des idéogrammes muets s’étalaient sur sa façade…

En orientant dessus mon translateur, j’appris que le musée avait été créé à une date indéterminée… et aussi que les formes de vie en provenance de toute la galaxie y étaient les bienvenues.

On aurait pu s’attendre à ce qu’un musée consacré aux systèmes biologiques extraterrestres donne à admirer quantité d’hologrammes des différentes formes de vie en action. Ce n’était pas le cas. On partait peut-être du principe que les visiteurs avaient tout loisir de le faire chez eux. On se retrouvait donc face à des vitrines et des stands d’exposition remplis de parties corporelles et de têtes empaillées… sans doute choisies d’ailleurs en fonction de leur capacité à choquer. Des créatures géantes avec des gueules assez grandes pour engloutir des capsules d’atterrissage, des serpents qui auraient pu m’utiliser en guise de cure-dents, des prédateurs de toute forme et de toute taille, dont certains étaient effectivement terrifiants au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer… Et que dire des proies? De mignonnes petites bêtes à fourrure dotées d’une sacrée vélocité. Elles avaient du reste intérêt à l’être – véloces.

Il y avait aussi des plantes capables d’avaler des techniciens d’assez belle corpulence et des créatures arboricoles à membres multiples avec les arbres de Barinor comme habitat naturel – où que se situe Barinor – qui enlevaient des enfants. Je me demandais comment on pouvait accepter de vivre dans ces conditions. Du moins quand on avait des enfants.

Fort heureusement, il n’y avait pas de gens empaillés. Fallait-il y voir une concession due au fait que le musée recevait parfois des visiteurs humains? Il y avait bien deux ou trois oiseaux et reptiles originaires de Rimway, ainsi qu’un tigre de la planète Terre. Le seul humain exposé était un avatar, un type barbu aux allures de primate de Neandertal. Il serrait même une lance dans son poing. Quand je m’en approchai, il éructa… Il montait la garde devant le hall des Humains, une aile entière du musée nous étant consacrée. « La seule autre espèce technologique connue… ». La vaste rotonde mesurait trois niveaux de hauteurs. Partout s’offraient aux regards des vitrines et des tables où s’étalaient des armes primitives comme modernes, des représentations de diverses divinités, des instruments de musique, des modèles vestimentaires provenant de différentes civilisations, une partie d’échecs en cours, de la vaisselle… On avait aménagé une alcôve en forme de bureau…

femme au musée des formes de vie aliens

Une femme et son voilier. Peut-être une toile digne du musée des formes de vie aliens. Photo : Univers.Grandquebec.com

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