Brève histoire du théâtre

Vers la fin du XVIIIe siècle, le goût pour le théâtre s’accentue en Argentine. En 1783, Vértiz fonde la Casa de Comedias dans les locaux de la Rancheria, au grand dam des traditionalistes qui voient d’un mauvais œil l’ouverture de lieux de réunion et de discussion. L’endroit est modeste, avec un toit de chaume et les murs en torchis. Mais malgré le décor austère, le public écoute dans un silence respectueux les drames de Calderon de la Barc et les résidents de Buenos Aires rient beaucoup pendant les comédies de Rojas y Moreto et les saynètes créoles, où les Portègnes retrouvent des réalités connues de tous, comme El Amor à la Estanciera, une piécette anonyme représentée vers 1787 et qui met en scène un étranger vaniteux – en l’occurrence un Portugais – qui cherche à éblouir par ses manières et son argent Chepa, une jeune fille du pays. Finalement, Chepa lui préfère un gaucho argentin, « un homme du pays, même s’il n’a rien à se mettre ».

En 1789, l’année de la Révolution française, Manuel José Lavardén donne la première tragédie argentine, Siripo. Il s’agit de Lucia Miranda, une Espagnole capturée par un Indien qui tombe amoureux de sa beauté. Manuel José Lavardén sera censuré pour ses idées d’avant-garde inspirées de Jean-Jacques Rousseau.

La première maison du théâtre brûlera le 15 août 1792, quand un feu d’artifice embrasa le toit.

Un deuxième théâtre fut construit sous le vice-roi Sobremonte en mai 1804. Connu d’abord comme Coliseo Chico et situé dans l’actuelle rue Reconquiste en face de l’église de la Merced, ce théâtre sera reconnu sous le nom de Teatro Argentino. Ce théâtre fut inauguré avec une pièce de Voltaire, Zaïre, mais en 1806, il ferme ses portes pour les rouvrir en 1810.

Avec l’afflux des Italiens, l’opéra suscite une véritable passion. Au XIXe siècle,  les salles sont nombreuses : le Politeama, où le public écoute dans un silence religieux Adelina Patti; l’Opéra, où au début du XXe siècle Toscanini dirige de œuvres de Verdi.

Le théâtre Colon est construit en 1908. Après l’ouverture de l’avenue de Mai, le théâtre Mayo, au coin de cette avenue et la rue Lima, représente des zarzuelas, dans une ambiance évoquant la Gran Via de Madrid.

En 1908, la célèbre troupe de Maria Guerrero et Fernando Diaz de Mendoza donnent une comédie de Lope de Vega dans l’Avenida. Dans les salles moins élégantes, comme le Doria, le public composé d’immigrants, empestant la salle de fumée de cigares, assiste à des opéras populaires ou à des spectacles à succès inspirés des Misérables ou du Comte de Montecristo.

Le théâtre satirique est à l’honneur : les calembours, monologues, improvisations de l’inépuisable Florencio Parravicini, qui raille l’hypocrisie, rencontrent un grand succès.

Un grand nombre de comédies mettent en scène Cocoliche, un personnage d’origine italienne qui parle dans un sabir truffé de mots calabrais et portègnes. Ce personnage emblématique quitte les planches pour la rue. Cocoliche défile dans les cortèges de Carnaval. Ses tirades déclenchent les rires du public qui en redemande et les comédies avec Cocolich prolifèrent durant la Belle Époque.

teatro cervantes libertad et cordova

Théâtre Cervantes, situé au coin des rues Libertad et Cordoba. Au début du XXe siècle, un style néocolonial connaît une certaine vogue. Les deux plus belles réalisations sont le Musée Fernando Blanco et le théâtre Cervantes dont la façade s’inspire de celle de l’université d’Alacala de Henares. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

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