Première fondation de Buenos Aires

En août 1534, don Pedro de Mendoza, qui possède la faveur de la cour d’Espagne et une fortune considérable, amassée lors du sac de Rome, est nommé adelantado du Rio de la Plata. Il recrute aisément des hommes d’équipage et emmène avec lui deux cents esclaves originaires des îles du Cap-Vert et de la côte de Guinée pour peupler une future colonie à l’embouchure d’un fleuve qu’on appelle à l’époque la mer Douce (Dulce).

La flotte de Pedro de Mendoza transporte 2500 Espagnols et 150 étrangers – Allemands, Portugais, Hollandais et Flammands – qui s’embarquent sur un navire affrété par Sébastien Neithard et Jaccob Welser, membre de la famille des banquiers d’Augsbourg.

Parmi les futurs colons, on compte une vingtaine de nobles titrés, des chevaliers d’un ordre militaire, quelques capitaines des tercios d’Italie, des cadets de lignages nobles et quelques femmes, dont le nom de certaines a été sauvé de l’oubli : Maria Davalos, maîtresse de Pedro de Mendoza, Isabel de Guevara, Maria de Angulo, Elvira Hernandez, Elvira Pineda, Mari Sanchez, Catalina Vadillo, Catalina Perez, qui embarqua à Tenerife.

L’expédition inclut également 14 moines (des hiéronymites et des religieux de l’ordre de la Merci), un médecin, Hernando de Zamora, le frère de Thérèse d’Avila, Rodrigo de Cepeda, qui périra dans le Paraguay.

Les soutes sont remplies de marchandises, dont des tissus et des habits de soie, et l’on apporte également 72 chevaux et des juments.

La flotte atteint le Paranaguazu à L’Épiphanie de l’an 1536. Apercevant 2000 Indiens Charruas rassemblés sur le rivage, Mendoza décide de débarquer sur la rive sud. Là, le 3 février 1536, il fonde le port de Nuestra Senora Santa Maria des Buen Aire, au bord d’une rivière qu’il baptise Riachuelo. Les Indiens Querandies semblent plus accueillants que les Charruas. Selon Ulrich Schmidt, un Bavarois venu avec Welser, le premier chroniqueur du Rio de la Plara, les sauvages étaient vêtus de peaux de bêtes et lui rappellaient les gitans de sa terre natale.

Le commandant envoie alors Gonzalo de Acosta et une vingtaine d’hommes au campement des Querandies, près des îles du delta, pour échanger des provisions, mais le groupe est attaqué par les Indiens sur le pied de guerre. Mendoza réagit d’une façon violente : trois cents mercenaires lansquenets trente cavaliers foncent sur les Querandies. Ceux-ci jettent sur les étrangers une pluie de flèches et font tomber leurs chevaux en lançant des pierres attachées à des boyaux. Ces pierres s’enroulent autour de leurs jambes. La moitié des expéditionnaires qui prirent partie dans la bataille furent massacrés. On appellera cet endroit La Matanza en souvenir de cette tuerie. Trois mois plus tard le frère et le neveu de Mendoza trouveront la mort dans une autre échauffourée.

Les hommes commencent à construire une place entourée d’une palissade en terre. Ils fabriquent des hameçons pour pêcher. Bartolomé Garcia est chargé de chasser à l’arbalète des perdrix et des cailles. Les Indiens, attirés par ces outils, finissent par accepter d’aider les intrus.

En août 1537, Pedro de Mendoza, miné par la maladie, s’embarque pour l’Espagne, mais il mourra au large du Brésil. Sa disparition ouvre une crise de succession. La faim devient endémique : il faut couper les oreilles d’un homme surpris en train de marauder une laitue et d’un autre qui a volé un radis. Les jaguars et les guépards sont si nombreux que les conquistadores doivent se rendre avec des hommes en armes hors de la palissade pour satisfaire leurs besoins naturels.

Tout est bon à manger : crapauds, couleuvres, charognes et même la chair humaine. D’après Schmidl, Diego Gonzales Baytos et deux de ses compagnons découpent des lambeaux de chair d’un pendu.
Malgré quelques tentatives de rescousse, la situation des premiers Portègnes est de plus en plus difficile. Plusieurs colons s’enfuient et gagnent le Brésil. Finalement, Alonso Cabrera, envoyé par la Couronne avec mission de nommer un gouverneur dans le Rio de la Plata, donne l’ordre d’abandonner le port. À la fin du mois de juin 1541, la bourgade est incendiée. Irala, nommé gouverneur par Cabrera avant de quitter le village, laisse une lettre à l’entrée du Riachuelo, sous un mât, avec des instructions pour les futurs colons, les invitant à remonter le fleuve jusqu’à Asuncion.

Buenos Aires retourne ainsi pour 40 ans au cycle de l’eau et des vents…

recoleta cimetiere

Rien que cimetière reste après l'abandon du premier poste. Photo Cimetière de Récoleta : © Univers.GrandQuebec.com

chevaux argentin

Lors de la première fondation de Buenos Aires, les premiers chevaux à débarquer furent tués par les Indiens, les derniers furent mangés… triste est la destinée des meilleurs amis de l'homme. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

parc désert

Depuis l'échec de Pedro de Mendoza, rien que le sable reste sur les côtes désertées du Rio de la Plata… Photo : © Univers.GrandQuebec.com

avenue alem

Avenue Alem. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

esculturas de buenos aires

Art public, centre-ville de Buenos-Aires. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

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