La Boca

La Boca est un quartier (barrio) proche du centre de Buenos Aires, en Argentine. Il est situé au sud-est du centre, près du port, entouré de Barracas à l'ouest, et San Telmo et Puerto Madero au nord.

Au milieu du XIXe siècle, la route qui mène du port de La Boca à la ville est entourée de terrains vagues et marécageux. Elle est parcourue alors par des cavaliers, des courriers maritimes ou des laitiers. Arrivé au Riachuelo, on observe sur l’autre rive et sur l’île de Maciel des cabanes de bambou, « solitaires et tristes », d’après Xavier Marmier, un voyageur français qui arrive à Buenos Aires dans les dernières années de la dictature de Rosas.

Après la dictature de Rosas, la ville se tourne vers l’avenir et l’année où Urquiza est élu Directeur suprême, le premier tramway à cheval relie les faubourgs de Barracas, La Boca, Balvanera et San Cristobal. Dès 1860, La Boca est relié à Buenos Aires par le train.

Au sud-ouest du quartier, la marge des marges est le quartier des Grenouilles, au bord du Riachuelo, où l’on brûle les déchets de Buenos Aires. Là, des miséreux tirent la décharge avec des râteaux; ils sont plus de trois mille à vivre des ordures vers la fin du XIXe siècle.

Près du port de La Boca les ateliers de salaison sont installés à l’époque. C’est là aussi que se trouvent les baraques où l’on prépare les principaux produits du Rio de la Plata, les viandes et les peaux. Marmier visite le saloir Cambaceres le plus grand. Les scènes qu’il y découvre ne sont ni agréables à l’odorat ni joyeuses. Dans les abattoirs, les bestiaux sont chassés au lasso et égorgés à l’arme blanche, puis équarris en un tour de main.

Au début du XXe siècle, la Boca des prolétaires, retranchée du centre par un alignement de silos, est au cœur d’une zone industrielle – on y trouve des scieries, des entrepôts, des brasseries, des tanneries et des frigorifiques – toutes ces entreprises s’étendent non seulement dans ce quartier, mais au-delà du Riachuelo à Avellaneda. C’aussi un vivier d’idées anarchistes et socialistes. Le quartier abrite de nombreux habitants originaires d'Italie

Ainsi, en 1882, à la suite d’un conflit entre patrons et ouvriers et une longue grève générale, une assemblée réunie à la Societa italiana décrète que le gouvernement ne doit pas s’immiscer dans les affaires des Génois. Une rébellion proclame une sécession de la Boca vis-à-vis de l’Argentine, et dresse le drapeau Génois. Le pavillon blanc traversé de la croix rouge de la Superba est hissé et les émeutiers adressent au roi d’Italie une lettre lui notifiant qu’il peut compter désormais sur un nouveau quartier italien. La république de La Boca est proclamée par Quinquela Martin en 1907, à l’image de Montmartre, en France. Le régime argentin réprime rapidement cette rébellion, et le président Julio Argentino Roca retira lui-même ce drapeau Génois.

La Boca ressemblait alors à un petit port génois avec ses maisons en planches sur des pilotis et la barque attachée au pas de la porte. Déjà, il y flotte cette odeur lourde et âcre des tanneries. Les rives sont peuplées de magasins, ateliers, saloirs, où l’on prépare pour l’exportation tous les produits du pays, les laines, la graisse, les cuirs, écrit un contemporain. Les tavernes et d’autres établissements liés aux gens de la mer ne manquent pas.

En 1906, les habitants des conventillos de La Boca, San Telmo et Balvanera organisent une grève des loyers qui s’étend à tous les logements collectifs du centre jusqu’à Palermo. Deux mille maisons sont touchées et dans les rues de La Boca, des enfants défilent, portant un balai sur l’épaule pour balayer les proprios.

Dans les années de la Belle Époque, Boca est un peu un monde à part, avec sa vie portuaire au bord du Riachuelo, ses bistrots pour matelots, ses bordels sordides, son noyau génois, ses maisons de bois et de tôle ondulée construites sur pilotis, mais qui n’ont pas encore leurs couleurs voyantes. Dans les terrains  des équipes locales se constituent, prenant comme il se doit des noms anglais : Forwrads Club et River Plate. Ce dernier quittera son quartier d’origine pour s’enraciner à Nunez, au nord de Buenos Aires, trahison qui lui sera toujours reprochée. Après cette désertion, le quartier, le quartier décidera  de fonder son propre club, les Boca Juniors. Cette équipe sera la première équipe argentine à partir en tournée en Europe, en 1925.

Les relents âcres du Riachuelo n’empêchent pas les incursions touristiques des intellectuels et des classes moyennes dans La Boca. Les couleurs voyantes des maisons en bois et en tôle et les tavernes de la rue Necochea attirent des gens. Les soirs, le long du coude du fleuve, la Vuelta de Rocha, on se sent dépaysé. Le vieux port désaffecté et la silhouette métallique du Pont Avellaneda, qui ont inspiré tant d’artistes, sont toujours là, ainsi que les barques à rame qui conduisent sur l’autre rive.

rue caminito

La rue Caminito, repeinte de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, est devenue piétonne rue carte postale. Les week-ends on y jouait autrefois des pièces de Galdoni, en utilisant le décor naturel, les voisines aux balcons, les cordes à linge, les allées et venues dans les corridors tarabiscotés, les lampions des terrasses. Mais les représentations théâtrales ont cessé depuis des années. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

caminto

Aujourd'hui, le quartier de La Boca est très prisé par les touristes qui viennent admirer en masse les façades colorées des maisons, et apprécier le rythme de vie animé du quartier, tout en déambulant dans la rue Caminito. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

la boca muelle

Dans l’île Maciel, territoire traditionnel de truands et de voyous, vit aujourd’hui une communauté originaire du Cap-Vert. Les Noirs d’antan ont disparu mais ces Africains nouveaux venus redonnent à ces lieux leur couleur originelle. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

boca riachuelo

La plupart des maisons, pour échapper aux inondations sont basses et construites sur pilotis. Quelques trottoirs en hauteur existent encore aujourd’hui dans certaines rues inondables de Barracas et de La Boca, et le long de l’avenue Patricios. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

pompier

Monument aux Pompiers volontaires de La Boca. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

monument peintre quinquela martin

Monument au peintre Quinquela Martin, qui est né et a vécu à la Boca. On peut voir ses œuvres au Musée Benito Quinquela Martin. Dans les années19 20, il achète une maison et invite les habitants du quartier à venir la peindre. Chacun apporte ses fonds de pots de peinture : la maison sera peinte d’une mosaïque de couleurs vives. C’est depuis que beaucoup de maisons du quartier, en particulier dans les quelques rues les plus touristiques qui forment le Caminito ont imité son modèle. Photo : © Univers.GrandQuebec.com

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