Mazzini et Garibaldi

Dans les années 1850, les Italiens et les descendants d’immigrants italiens en Argentine constituent environ 15% de la population totale. Les clivages entre monarchistes et républicains italiens en Europe se retrouvent chez les immigrants et en 1858, des exilés politiques italiens qui avaient lutté avec Garibaldi en Uruguay, aux côtés des émigrés argentins, dix ans plus tôt, créent l’association d’entraide, Unione e Benevolenza,  en principe, un organisme apolitique. Mazzini et Garibaldi sont élus membres honoraires de cette association. Cette mutuelle organise aussi la célébration des dates patriotiques italiennes et argentines, des danses régionales.

En 1861, avec l’unification de l’Italie sous la monarchie de Savoie, les modérés et les monarchistes fondent une association concurrente, la Nazionale Italiana. En 1864, les mazzinistes radicaux se détachent de la société Unione e Benevolenza pour fonder la Societa Republicana degli Operai Italiani.

Ces associations italiennes animent la vie politique à travers leurs journaux respectifs et leurs écoles. Curieusement, selon leurs parents, les enfants des migrants apprennent une version ou une autre du mythe national italien : celle liée au royaume d’Italie ou celle, idéale et utopique, projetée vers un avenir improbable, des révolutionnaires, la Marcia reale ou Bandiera rossa. Ces derniers, nostalgiques de Mazzini et Garibaldi, préfigurent les républicains espagnols de la fin des années 1930.

Beaucoup de ces immigrants ont participé aux événements qui ont secoué Buenos Aires. À la veille de la bataille de Pavon contre les armées de la Confédération, le journal La Tribuna exhortait les étrangers à se mobiliser pour sauver la ville. Les Italiens avaient déjà leur légion militaire au temps de Garibaldi, à laquelle se sont ajoutés la Légion Valiente et les Volontaires de la liberté. Comme jadis pour les bonapartistes français exilés, lutter pour la patrie adoptive était, pour ces républicains, un devoir. La cause de Buenos Aires se confond avec celle de la République. À l’occasion d’une collecte effectuée par la collectivité italienne pour honorer la mémoire d’un patriote tombé dans un combat, un journaliste de La Tribuna écrit : « il n’est pas Italien celui qui n’est pas convaincu que l’Autriche, on la combat aussi à la Rioja ».

place garibaldi

Place Garibaldi à Buenos Aires. Photo : Univers. GrandQuebec.com

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