Fièvre jaune

Depuis ses origines, la ville de Buenos Aires était une ville malsaine à cause de l’humidité, du laisser-aller des habitants et des entassements d’ordures dans les terrains vagues.

En 1867, une épidémie de choléra s’abat sur la ville et fait huit mille morts. Trois années plus tard, en 1870, la fièvre jaune, qui sévissait à l’état endémique au Brésil, se propage à Montevideo et gagne l’autre rive du Rio de la Plata. La première année, on ne déplore que deux cents morts. L’année suivante, une semaine avant le Carnaval, quelques cas sont signalés, puis trois cents personnes succombent le mois suivant. En mars 1871, on compte près de cinq mille victimes. En avril, plus de 7500 personnes meurent. Atterrés, les résidents fuient la capitale qui ne compte plus que vingt-cinq mille habitants. Mais l’épidémie disparait avec les premiers froids. Un dixième de la population en avait été fauchée.

Beaucoup de croix peintes sur les portes des habitations infectées résistèrent à l’usure du temps et certaines étaient encore discernables au début des années 1960.

De nombreux immigrants périrent pendant l’épidémie. Les listes dressées par la police laissent percer des drames personnels. Craignant des pillages, les malades préféraient demeurer sur place plutôt que d’aller à l’hôpital, où les soins étaient d’ailleurs inefficaces, toutes sortes de tentatives, des fumigations aux incantations.

Plusieurs moururent seuls, sans que personne ose leur porter des soins. Selon la tradition, les Noirs et les mulâtres de Buenos Aires, déjà peu nombreux, succombèrent tous à la fièvre jaune (à l’exception de quelques familles aisées de Santo Domingo qui quittèrent la ville abandonnant leurs demeures vétustes mais spacieuses qui accueilleraient plus tard des milliers d’immigrants italiens et espagnoles. Désertés par les natifs, les quartiers de Montserrat, San Telo et la vieille ville se remplirent des familles immigrantes, vivant dans la promiscuité et porteurs d’une nouvelle épidémie, plus grande, peut-être.

L’épidémie avait été favorisée par l’absence d’eau courante, de système d’égouts et de cloaques, et surtout par les miasmes putrides du Riachuelo. La rue Balcarce, voie de circulation des charrettes et des voitures des vendeurs d’eau, était régulièrement inondée par les canalisations, qui formaient des marécages au-delà de San-Francisco, d’où partaient des nuées de moustiques. À l’époque, le lit du Riachuelo, selon le quotidien de La Nacion du 15 février 1871, « est un immense couche de matières en putréfaction. Le cours d’eau n’a pas la couleur de l’eau. Parfois, l’eau est sanguinolente, parfois verte et épaisse, ressemble à un torrent de pus qui s’échappe à flots de la blessure ouverte dans le sein gangréné de la terre. Un foyer tel d’infection peut être la cause de tous les fléaux, du choléra et de la fièvre. Jusqu’à quand nous respirerons l’haleine et nous boirons la pourriture de ce grand cadavre, couché sur le dos de notre capitale? ».

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Pierres tombales du cimetière La Recoleta. Image : © Univers.GrandQuebec.com

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