Avenue Corrientes

Au moment de la fondation de Buenos Aires, le terrain situé dans ce qui sera dans trois siècles l’une des avenues les plus célèbres de la ville, appartenait à Ana Diaz, la seule femme propriétaire d’un lot sur le territoire de la future capitale de l’Argentine.

C’est le président Bernardino Rivadavia qui conçoit l’avenue Corrientes dans le cadre d’un projet d’urbanisme. Le plan prévoit l’inauguration d’un axe circulaire – la future avenue Callao prolongée par Entre Rios, d’où doivent partir à leur tour sept axes : Santa Fe, Belgrano, Independencia, Cordoba, San Juan, Patagones et celle qui deviendra l’avenue Corrientes.

Dans les années 1920, l’avenue Corrientes devient un des territoires de la bohème de Buenos Aires. Hommes politiques, écrivains, journalistes, chanteurs de tango, comédiens, musiciens, étudiants se donnent rendez-vous dans des cafés qui y restent ouverts toute la nuit.

Curieusement, à cette époque-là, un train partait de la gare centrale du Parc, dans le quadrilatère occupé aujourd’hui par le théâtre Colon. Le train empruntait la rue Lavalle jusqu’à l’avenue Callao et ensuite avance le long d’une voie qui est devenue l’avenue Corrientes.

Le Royal Keller, à l’angle de Corrientes et Esmeralda, reprend la clientèle de l’Aue’s et atteint l’apogée de sa réputation dans les années 1920. Le café Rex, à côté du cinéma du même nom, est également fameux. On y organise une salle d’échecs au premier étage. Tout près, le très luxueux Modern Salon était situé à l’angle de Corrientes et Suipache. Au début de l’artère, près des quais, le Luna Parc est inauguré.

Cette avenue est riche en théâtres et cabarets et les deux salles les plus immenses sont l’Opéra dont le hall est en marbre et la salle, décorée comme un palais hollywoodien, couverte par une couple étoilée, ainsi que le Gran Rex, la rivale de l’Opéra, située en face. Le théâtre San Martin, quant à lui, est beaucoup plus petit, mais il attire une clientèle raffinée.

Une cinéma d’art et d’essai sur Corrientes, le Lorraine, reprenait les grands classiques et présentaient des films non commerciaux. Plus tard, le Lorraine disparut et fut remplacé par le Loire, qui reprit la programmation de cycles, consacrés à des auteurs ou à des thèmes.

La diversité des spectacles, les enseignes lumineuses, les cabarets louches, les bistrots, les librairies donnent à Corrientes un air de Broadway, autour de Times Square à New York. Cette parenté s’accentue lorsque la rue est élargie et que des cinémas s’ajoutent aux salles de théâtre. La ville, son immensité et sa modernité deviennent alors la source d’inspiration poétique… Buenos Aires est une ruche, dont le bourdonnement résonne dans les nombreux cafés de Corrientes qui reste animé jour et nuit.

Des poètes de relève fréquentent les cafés de Corrientes où les jeunes les écoutent, fascinés parfois par les talents de conteurs et par l’intransigeance des propos.

Dans les années 1970, pourtant, les cinémas s’en vont. Les grandes salles, peu rentables, sont fractionnées et seuls quelques palaces comme le Gran Rex et l’Opéra conservent leur volume originel. Mais à proximité du théâtre San Martin, la librairie Gandhi, avec son bar et son forum, réunit toujours un grand nombre d’intellectuelles…

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Photo : © Univers.GrandQuebec.com

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