Temps des brumes

Une fois vaincus les périls de la mer, les navigateurs se heurtaient à la brume qui les cachait les avancées rocheuses ou aux écueils qui leur barraient l’approche de la côte. Faute de moyens sûrs pour déterminer la longitude et la vitesse du navire, les marins risquaient par grosse mer d’être jetés sur des écueils.

En certains points des nouvelles routes qui les menaient vers les terres inexplorées, la navigation s’avérait particulièrement délicate. La côte occidentale de l’Australie, par exemple, devint le cimetière marin des navires hollandais en route pour Java. Les parages du Natal le firent des bâtiments portugais rentrant des Indes. Chaque année, les Espagnols perdaient en Atlantique plusieurs de leurs vaisseaux de commerce qui étaient mauvais manœuvriers. En 1590, une grosse tempête jeta quinze bâtiments sur la côte du Mexique, et, l’année suivante, seize navires se perdirent dans les eaux des Açores.

À l’époque, doubler le Cap Horne ou le Cap-Espérance était si hasardeux que le mauvais temps dans ces deux régions retarda longtemps les échanges commerciaux avec l’Asie.

La brume dérouta les premiers navigateurs de l’Atlantique, habitués au ciel pur de la Méditerranée. De plus, la brume interdisait l’observation du soleil et des étoiles. Faisant route pour le goulet de Lumley au Canada, Martin Frobisher se perdit par gros temps, commit une erreur de latitude et fit terre dans les parages de la Baie d’Hudson.

La brume était d’autant plus redoutée qu’on la croyait génératrice de maladies. « Les épaisses ténèbres contagieuses » disait William Shakespeare à son propos, et il exprimait là un sentiment populaire.

brume

Dans les ténèbres de la brume nous nous jetions presque sur les îles et sur les rochers avant de les apercevoir, mais Dieu veillait sur nous et déchirait la brume pour nous permettre de voir (Martin Frobisher, 1578). Illustration : Megan Jorgensen

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