L’Église partage la planète

Pour protéger leur accès escompté aux richesses en or et en épices de l’Orient et à ses possibilités missionnaires, Isabelle et Ferdinand prirent une mesure risquée et demandèrent au Pape le droit exclusif de commencer avec les terres, situées au-delà de l’océan, et de les conquérir. À la suite de cette demande, l’Église prit une décision d’une très grande importance juridique. Ultime expression d’une souveraineté à l’échelle du globe, Rome partagea le monde.

En présentant leur pétition, les Espagnols ne faisaient que suivre l’exemple institué par les rois du Portugal qui, à partir de 1455, avaient demandé – et obtenu par une série de bulles papales – la protection de leurs intérêts le long de la côte d’Afrique « sur la mer Océane et sur les terres situées au sud et en direction de l’est ». Le Portugal avait interprété ce vaste chèque en blanc comme une reconnaissance de son entière souveraineté sur l’Atlantique sud à partir des Canaries. Ces bulles s’appuyaient sur une supposition : de par son esprit de croisade le Portugal oeuvrait pour l’Église et avait droit à des profits séculaires. La demande espagnole relevait de ce principe. D’origine espagnole et devant sa carrière l’homme d’Église aux faveurs du trône d’Espagne, le Pape Alexandre VI, chef de la célèbre maison des Borgia, accueillit avec bienveillance la requête, demandant la liberté exclusive d’action en Atlantique, et ceci quoi qu’elle fût en conflit avec les droits accordés au Portugal. Isabelle et Ferdinand souhaitaient l’établissement d’une ligne verticale coupant en un point, situé à 100 lieues (300 milles marins) à l’ouest des Açores, la ligne horizontale des Portugais. Ils abandonnaient à ceux-ci les régions des changements du régime des vents, de l’état de la mer, des variations anormales de la déclinaison et en avait déduit qu’une frontière marine, invisible mais réelle, devait exister là.

Par la bulle « Inter Caetera », le Pape accéda immédiatement à la requête espagnole et les Portugais protestèrent aussitôt afin de maintenir le respect intégral de leur ligne est-ouest. Des négociations directes entre les deux puissances conduisirent au compromis du traité de Tordesillas, signé en 1494, et qui repoussait de 270 lieues vers l’ouest la ligne verticale, confondue dorénavant avec le méridien 40 degrés 37 minutes. Entre autres conséquences, ce partage fait au hasard donna au Portugal des droits sur le Brésil, dont le littoral se trouvait à l’est de la nouvelle ligne.

 

Photo : Megan Jorgensen

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