Retour vers l'Europe

Pendant trois mois, à compter du 12 octobre 1492, date de son atterrage, Christophe Colomb reconnut avec sa petite escadre les eaux parfois dangereuses des parages des Bahamas, de Cuba, d’Hispaniola (Haïti). De temps à autre, il capturait quelques Indiens à ramener en Espagne. À Hispaniola, la vue des anneaux d’or des Indiens et d’un masque en or, dont on lui fit don, l’emplit de joie à nouveau. Vers la fin de cette croisière, il perdit la Santa Maria qui s’échoua par nuit noire dans les parages du cap Haïtien. Les bois de la coque servirent à construire les aménagements du premier poste européen aux Amériques, un fort dans lequel Colomb laissa quarante hommes, prélevés sur les équipages. L’explorateur décida alors qu’il était temps pour lui de reprendre la mer et de regagner l’Espagne pour annoncer à ses souverains que « l’Entreprise » ne relevait pas de la chimère et qu’il avait pris contact avec l’empire de Cathay.

Mettant cap à l’est-nord-est, selon une route qui – croyait-il – le menait en Espagne (alors qu’en fait elle aurait pu le conduire vers l’Arctique), Christophe Colomb découvrit accidentellement l’itinéraire le plus propice et le plus rapide, celui des vents d’ouest réguliers du parallèle passant au nord des Bermudes. Pendant près d’un mois, il fit route dans d’excellentes conditions, puis ses bâtiments essuyèrent une série de violentes tempêtes, dont ils se dégagèrent, leurs équipages épuisés mais sains et saufs, pour se retrouver au large de Santa Maria, aux Açores. La traversée jusqu’au continent fut également mauvaise et, recrus de fatigue, les marins de Colomb furent heureux de trouver refuge, le 4 mars, dans le port de Lisbonne.

Pendant les heures paisibles de la première partie du trajet, qui l’avait mené d’Hispaniola aux Açores, Colomb avait trouvé le temps d’écrire à Isabelle et à Ferdinand une longue lettre, destinée à exciter leur curiosité et à les préparer au compte rendu oral qu’il entendait leur faire ; il dépêcha cette missive de Lisbonne. Il parlait d’îles, situées au large du littoral de Cathay, riches en épices, en or aussi et qu’habitaient des indigènes craintifs et doux, aisés à convertir. Pour décrire la beauté de ces îles, Colomb manifestait un éloquent amour de la nature assez rare pour l’époque. À propos des montagnes d’Hispaniola, il écrit : « Elles sont toutes magnifiques, de mille formes variées, toutes accessibles et couvertes de hauts arbres de mille essences ; et elles semblent toucher le ciel… Et, bien qu’on soit en novembre, le rossignol et mille autres espèces d’oiseaux y chantent ».

Son enthousiasme pour la splendeur des montagnes, des plages, des pâturages et de la végétation des Indes orientales était justifié, mais ses notes sur les richesses du pays, qui s’appuyaient en or, se révélèrent largement exagérées. Cette déformation de la vérité, semblable d’ailleurs au truquage des distances parcourues dans ses communiqués aux équipages, n’était qu’un leurre, destiné à forcer des esprits réalistes à admettre la justesse de sa vue des choses. S’il n’avait pas trompé ses matelots, ils se seraient peut-être mutinés à plus de deux jours de marche de San Salvador ; s’il n’avait pas triché sur le chapitre de l’or, ses protecteurs ne l’auraient peut-être pas renvoyé aux Amériques ; le primitif Nouveau Monde n’eût pas été épousé aussi vite et avec autant de passion si les soupirants n’avaient cru se trouver en présence de la Chine, si civilisée, croyait-on.

Le 15 mars 1493, Colomb regagna Palos, qu’il avait quitté près de huit mois plus tôt. Un mois plus tard, il fut reçu solennellement à Barcelone par Isabelle et Ferdinand. Les deux monarques lui avaient déjà leur satisfaction en lui accordant les titres promis en cas de voyage heureux et il était désormais « Don Cristobal Colon, Amiral de la mer Océane, Vice-Roi et gouverneur des îles découvertes par ses soins aux Indes ».

La reine et le roi écoutèrent le récit que leur fit l’Amiral de ses descentes à terre sur quelques petites îles situées au large de la Chine, de sa découverte d’une île qu’il avait baptisée Hispaniola, en raison de sa ressemblance avec l’Espagne, et de sa navigation le long des rivages du continent. (En fait, il s’agissait de la côte nord du Cuba). Les indigènes qu’il avait ramenés ajoutaient à la crédibilité de son histoire en raison même de leurs mœurs primitives. Marco Polo, qui faisait autorité en matière d’Extrême-Orient, n’avait-il pas décrit à la fois les fabuleuses richesses de la Chine et du Japon, ainsi que les îles situées entre ces deux royaumes, peuplées de sauvages « dépourvus de rois ou de chefs et vivant comme des bêtes »? Impressionnés par ces évidences, Isabelle et Ferdinand acceptèrent avec enthousiasme de placer Colomb à la tête d’une seconde expédition, bien mieux organisée, afin de lui permettre d’explorer la côte du continent et de découvrir la cœur du Grand Khân.

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