Les Portugais avancent

L’établissement, par les Portugais, des bases à Madère, aux Canaries, aux Açores, sur ce chapelet d’îles côtières de l’Afrique, servit de tremplin à l’épopée du prince Henri du Portugal. Ces points d’appui avaient un double avantage. Parce que le climat de ces îles convenait mieux à l’hygiène des Européens que les ports de la côte d’Afrique, elles servaient de points de relâche. En outre, elles constituaient une sorte de filet de protection, dans lequel venaient se jeter les navires, qui remontaient la côte et que le mauvais temps entraînait au large.

Gagnant avec précautions de cap en cap, poussant toujours vers le sud, à partir des positions connues, les marins portugais surmontèrent progressivement les obstacles réels et imaginaires qu’offrait la reconnaissance de la côte d’Afrique. En 1434, on dépassa le cap Bojador, à 350 milles au sud du cap Noun. En 1441, une expédition ramena du Rio-de-Oro une cargaison d’esclaves, amorçant ainsi un commerce inhumain, dont le remords hante l’humanité jusqu’à nos jours.

En 1445, deux autres points remarquables, ainsi nommé en raison de l’étincelante blancheur de ses sables, et le cap Vert, à proximité de l’actuelle ville de Dakar, qui doit son nom à la verdeur de sa végétation, avaient été dépassés. Cette année-là, Denis Diaz reconnut que la côte s’infléchissait vers l’est. Contournerait-on l’Afrique ?

Non, bien sûr, mais encouragés par les profits croissants du marché européen des esclaves, pleins d’espoir, les Portugais lancèrent de nombreuses expéditions qui, poussées sans cesse plus avant, leur permirent d’accroitre leurs connaissances de la côte africaine.

Financées par le gouvernement ou par les groupes privées, certaines expéditions avaient des objectifs scientifiques, d’autres se contentaient de ramener des esclaves. En raison du secret qui les entourait, on sait peu de choses à leur sujet, mais parfois un trait de caractère nous apparait fugitivement à travers le récit d’un explorateur comme dans le compte rendu de ce repas de chair d’éléphant qu’Alvise Ca’da Mosto se targue d’avoir fait en 1456 au mouillage de la Gambie. « J’ai fis découper un morceau que je mangeai à bord, rôti au gril… ceci pour pouvoir dire que je m’étais nourri de la viande d’un animal dont aucun de mes compatriotes n’a mangé. En fait, cette viande n’est pas très bonne ; elle m’a paru ferme et insipide. »

point de départ

« Nous n'arrêtons jamais d'explorer, et le terme de toute exploration sera le retour au point de départ. » (Thomas Stearns Eliot, poète américain, né en 1888 et mort en 1965). Illustration : © Megan Jorgensen

En apprendre plus :

Partager|