Les clefs des barrières océanes

« J’ai remis les clefs de ces barrières océanes, fermées à l’aide de lourdes chaînes », écrit Christoph Colomb. Il disait vrai ; ses voyages avaient permis à l’homme de faire le plus grand bond de son histoire. Dressée en 1502, cette care offre une conception neuve des espaces terrestres. Remarquablement détaillé, ce document géographique est connu sous le nom de carte de Cantino, en mémoire de l’envoyé du duc de Ferrare, prince italien amateur de cartes et qu’impressionnaient les découvertes espagnoles et portugaises ; elle fut exécutée en secret. Au XIXe siècle, un collectionneur la découvrit dans une boucherie de Modène.

Elle fournit une description détaillée de la côte africaine, mais donne aussi sa véritable forme de péninsule à l’Inde, quoique son extrémité sud soit trop effilée. Elle utilisait les renseignements recueillis par diverses explorations portugaises.

L’esquisse du Nouveau Monde est particulièrement intéressante ; Colomb avait rapporté de ses voyages des descriptions étonnamment précises ; la carte montre les îles des Indes occidentales, la côte du Venezuela, de la Guyane et du Brésil. L’examen de cette carte incite à penser qu’au mépris du traité de Tordesillas et de la ligne de partage des zones d’influence espagnole et portugaise d’autres voyageurs s’étaient lancés dans le sillage de Colomb. Comment expliquer autrement que, onze ans avant la proclamation par Ponce de Léon de la découverte de la Floride, la carte fasse état d’une terre au-delà de l’Oceanus Occidentalis?

planisphere de cantino

Planisphère de Cantino, œuvre portugaise, enluminure  sur parchemin, vers 1502, Biblioteca Estense Universitaria, Modène (David Lees)

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