Les maladies à bord

La maladie sévissait au cours des longues traversées et non sans cause. En effet, ne disposant que d’une maigre ration de légumes frais, entassés les uns sur les autres et souvent trempés pendant des jours à la file, les marins étaient couverts de puces et de poux. Alors qu’une eau toute fraîche mais salée glissait le long de la carène, que l’air du large balayait le pont l’équipage, le plus souvent, pourrissait littéralement sous l’effet du scorbut.

Dans les journaux de bord, il est fait mention de diverses fièvres, et parfois de la peste, mais le scorbut était le compagnon habituel des marins du grand large. Un voyage aux Indes était considéré comme heureux si le scorbut n’emportait pas plus d’un homme sur cinq. Bien que l’on crût généralement que le scorbut était un mal des tropiques, les équipages des navires croisant dans les eaux subpolaires étaient décimés avec la même violence par ce fléau. D’horribles récits contemporains nous renseignent sur ses manifestations. « Il pourrissait mes gencives, qui supportaient un sang noir », écrit un malade. « Mes cuisses, mes mollets étaient noirs et il me fallait chaque jour me servir de mon couteau pour faire couler ce sang noir et pourri.  Je l’utilisais aussi pour mes gencives, qui étaient blanches et recouvraient mes dents… Après avoir arraché ces morceaux de chair et provoqué un gros saignement de liquide noir, je me rinçais longuement la bouche avec mon urine, tout en me frottant les gencives.  Chose particulièrement ennuyeuse, je ne pouvais manger ; j’avais plus envie d’avaler que de mâcher… Beaucoup d’entre nous mouraient chaque jour ; on les jetait à la mer par trois ou quatre à la fois. Dans la plupart des vie à trépas derrière quelque coffre et les rats leur dévoraient les yeux et la plante des pieds ».

On possède moins de détails sur les côtés plaisants de la vie à bord. Certains lisaient, mais nous ne savons guère quel genre de livre les marins emportaient ; une anecdote toutefois précise que des missionnaires précipitèrent par-dessus bord des romans de chevalerie, tout en offrant aux matelots, d’ailleurs peu enthousiastes, des textes religieux.  Outre leurs fonctions d’agents de transmission, les musiciens étaient certainement chargés de distraire l’équipage. Vers la fin du XVIe siècle, la traversée de la Ligne était l’objet de cérémonies encore en honneur aujourd’hui. Les meilleurs antidotes de l’ennui étaient encore le jeu, pourtant interdit, l’office religieux quotidien et, à bord des navires catholiques, la célébration des fêtes religieuses qui, dans la mesure où le temps et les provisions du bord le permettaient, étaient accompagnées d’un semblant de festin.

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Photographie : Univers.grandquebec.com

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