Dieu et Mammon

Un grand nombre de premiers explorateurs étaient guidés dans leurs entreprises par l’esprit de croisade et le désir de plaire à Dieu, en convertissant des païens. Ce saint zèle engendre la croyance en une mission d’inspiration divine.

Dans une missive à l’intention du régent de Calicut (Indes), le roi Manuel 1er de Portugal explique que les hommes ont toujours souhaité se rendre aux Indes mais « tant que Dieu ne l’a pas voulu, leurs entreprises sont demeurées vaines ». Le roi continue : « À présent, Il le veut, aussi résister à sa volonté manifeste constitue un tort et lui fait injure ».

Les gouvernements européens et beaucoup d’individus pensaient sincèrement que la conversion des infidèles incombait aux Européens.

Cet esprit, tout sincère qu’il fût, avait également un côté utilitaire pour les marchands. En effet, converti, l’indigène devenait docile et coopératif. Pourtant, parfaitement conscient du fait que l’on évaluerait la réussite de son voyage en fonction des richesses en épices et en or qu’il apporterait, Christophe Colomb n’en était pas moins sincère lorsqu’il écrivit : « … ce que je considère comme étant le souhait le plus fervent de mon Roi Sérénissime, à savoir la conversion de ces indigènes au très saint nom du Christ ».

Bref, dès premières expéditions de la Renaissance, Dieu et Mammon travaillèrent de conserve. Les gouvernements européens soulignèrent toujours le double but de la mission à remplir (quoique faute d’ordres missionnaires, la conversion intéressait moins les nations protestantes – mais Richard Hackluyt, principal avocat de l’influence anglaise et de l’accroissement, associait quand-même « la possibilité d’agrandir les dominions de sa Très Excellente Majesté la Reine, d’accroître ainsi sa grandeur, ses revenus, sa puissance » et « la gloire acquise à Dieu en propageant la religion parmi ces infidèles).

En tout cas, force est d’admettre que l’exploration du globe terrestre ne représentait pas pour les gouvernements de la Renaissance un moyen d’accroitre les connaissances sur l’Univers ; ainsi, se désintéressèrent-ils du processus dès que leurs explorateurs et voyageurs eurent découvert suffisamment de mines d’argent et d’or et des terraines à épices. Le mouvement s’est arrêté dès que les Européens installés sur place furent assez nombreux pour assurer la garde des routes maritimes, celle des terres occupées et l’exploitation de ces richesses. Déjà en 1602, on répondit à Pedro Fernandez de Queiros qui sollicitait de la cour d’Espagne un appui financier pour son voyage dans le Pacifique : « les terres déjà découvertes pour le compte de sa Majesté sont suffisamment vastes … il importe de les coloniser plutôt que d’en découvrir de nouvelles ».

évangélisation

« Un missionnaire, c'est un type qui apprend aux cannibales à dire le bénédicité avant de le manger. » Fred Allen, un humoriste américain, né en 1894 et mort en 1956)

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