Pêro de Covilha et Alphonse de Païva

En 1487, Jean II, le roi du Portugal, dépêche deux voyageurs par des voies terrestres, avec mission, pour le premier, de trouver une route d’accès aux richesses de l’Orient, et, pour le second, de prendre contact avec le prêtre Jean, un personnage mystique qu’on croyait gouverner de vastes régions chrétiennes dans l’Orient Extrême.

Pêro da Covilha devait gagner l’Arabie, puis les Andes et rapporter des renseignements sur le trafic maritime des musulmans, qui s’adonnaient au commerce des épices entre les Indes et la côte d’Afrique.

De son côté, Alphonse de Païva devait aborder l’Afrique par le Nord-Est et s’enfoncer à l’intérieur. À l’époque, on croyait que le Royaume du prêtre Jean ne pouvait se trouver que dans la région de l’Éthiopie. Covilha parlait l’arabe, ce qui était probablement aussi le cas de Païva. Ils gagnèrent Aden de conserve, puis se séparèrent.

Le mystère qui plane dès lors sur les mouvements de ces deux voyageurs est plus étrange encore que celui qui enveloppe l’expédition de Dias. On sait que Covilha gagna Calicut, ce port de la côte des Indes où les navires musulmans embarquaient les épices, les porcelaines, les soieries et les pierres précieuses, venues par jonques de Chine ou des Indes orientales, ainsi que le poivre et le gingembre de la côte de Malabar. Les navires musulmans transportaient ces marchandises précieuses en Arabie et sur la côte orientales de l’Afrique.

Covilha n’était pas le premier voyageur européen à atteindre les Indes ; en effet, marchands génois, vénitiens, français, hollandais prenaient parfois passage sur les bâtiments qui, partant du Caire, descendaient la mer Rouge et se laissaient pousser par les vents favorables jusqu’aux ports indiens. Empruntant une route inverse, Covilha traversa le golfe Persique et atteignit le port de Sofala, près de Beira. Il y aura appris que l’océan Indien communiquait avec l’Atlantique et qu’il existait donc une voie maritime, permettant de relier l’Europe et l’Asie.

En 1490, Covilha atteignit le Caire pour apprendre que Païva, avec lequel il avait rendez-vous, venait d’y mourir ; cependant, il y trouva des émissaires du roi Jean, chargés de recueillir le compte rendu de sa mission et de lui enjoindre de poursuivre la tâche assignée à Païva. Sans y trouver la moindre trace de l’existence du prêtre Jean, il gagna la cour d’Éthiopie où il fut retenu prisonnier.

En 1520, une nouvelle mission arrivera à la cour d’Éthiopie ; ces membres furent surpris de se trouver accueillis par un Covilha vieillissant, l’une des victimes les plus touchants et le plus remarquable du désir d’expansion de sa patrie. Son premier rapport avait indubitablement atteint le Portugal et contribué à affermir la décision de Jean II qui devait pourtant mourir en 1495, puis son successeur Manuel, de travailler à l’ouverture de la voie maritimes des Indes.

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Terra Incognita. Image : Megan Jorgensen

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