À court de vivres

Remarquablement détaillé, le journal de bord de la traversée du Pacifique de Magellan décrit les affres de l’équipage une fois le bâtiment à court de vivres : « Nous ne mangions que du vieux biscuit tourné en poudre, tout plein de vers et puant de l’ordure d’urine que les rats avaient fait dessus après avoir magné le bon. Et nous buvions aussi une eau jaune infecte. Nous mangions aussi les peaux de bœuf dont était garnie la grande vergue afin que celle-ci ne coupe pas les cordages… aussi beaucoup de sciure de bois et des rats ».

Comme le prouve ce récit, non seulement les provisions manquaient mais ce qui restait était détérioré. La cambuse fournissait de la fournissait de la viande desséchée ou salée, du poisson en saumure, des biscuits, du riz, des pois secs, du fromage, des oignons, de l’ail, de l’huile, du vinaigre, de l’eau et du vin. Si l’on en juge d’après les journaux de bord, la ration quotidienne du matelot équivalait à 3500 calories, un régime alimentaire normal s’il avait été assuré en permanence. Les repas du temps de la Renaissance nous paraîtraient trop peu variés.  La viande était rare et dépendait davantage de la saison que d’un sens de la bonne cuisine. Le marin connaissait des périodes d’extrême frugalité à bord, entrecoupées de journées de repas orgiaques à l’escale, alternance d’ailleurs conforme aux habitudes des terriens de l’époque. La différence essentielle résidait pour le marin dans la détestable qualité de la nourriture au cours des semaines de disette : il passait du régime des vivres frais et rapidement consommés, de l’eau putride, à une alimentation trop salée, voire à une bouillie grouillante de vers, faite de résidus de viande salée et de vivres secs.

En quittant le port, le commandant d’un navire du XVIIe siècle emportait à son bord de quoi nourrir son équipage, le temps que la faim, le scorbut, les maladies engendrées par une alimentation à base de produits détériorés prélèvent leur tribut.
À bord, lors d’une longue traversée, on comptait sur la pluie pour fournir l’eau potable. Queiros fut le premier à utiliser un fourneau pour distiller l’eau de mer. On recueillait l’eau de pluie dans des seaux disposés sur le pont ou avec des paillets accrochés dans le gréement. En cas de sécheresse, on ne pouvait se rabattre sur d’autres moyens d’approvisionnement et l’on cite des cas où les matelots furent réduits à boire leur propre urine.

L’approvisionnement en vivres : En quittant le port, le commandant d’un navire du XVIIe siècle emportait à son bord de quoi nourrir son équipage, le temps que la faim, le scorbut, les maladies engendrées par une alimentation à base de produits détériorés prélèvent leur tribut. La liste donnée ci-dessous correspond aux besoins d’un équipage de 190 hommes, pendant un voyage de trois mois. Lorsque les provisions s’épuisaient, le commandant s’efforçait d’atteindre une terre quelconque, qui lui permît de se ravitailler en spécialités locales, telles que fruits de l’arbre à pain, ignames, chair de pingouin : 8000 livres de bœuf salé ; quelques langues de bœuf, 2800 livres de porc salé ; 600 livres de morue salée ; 15000 biscuits bruns ; 5000 biscuits blancs ; 30 boisseaux de farine d’avoine ; 40 boisseaux de pois secs ; 1 ½ boisseau de graines de moutarde ; 1 baril de sel ; 100 livres de gras de rognon ; 1 baril de farine ; 11 petits tonnelets de beurre ; 1 gros baril de vinaigre ; 10500 gallons de bière ; 3500 gallons d’eau ; 11 gros barils de cidre.  La cambuse particulière du commandant : Fromage, poivre, raisins de Corinthe, clous de girofle, sucre, eau-de-vie, gingembre, pruneaux, lard, marmelade, amandes, cannelle, vin, riz.

port modon

Une carraque au port de Mothoni (Modon) par Erhard Reuwich, gravure sur bois, 1486m tirée de Bernhard von Breydenbach, Les Croisades à Jérusalem. Kunstbibliothek des Staatlichen Museen, Berlin

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