Les derniers jours de Colomb

Une troisième et une quatrième traversées de l’océan permirent à Christophe Colomb de poursuivre sa moisson de découvertes. En mai 1498, il quitta à nouveau l’Espagne, descendant bien plus bas en latitude avant de mettre le cap à l’ouest. Il voulait découvrir s’il y avait un fondement à l’assertion du roi du Portugal, selon laquelle il existait en Atlantique des terres au sud et à l’est des îles découvertes par les Espagnols. Dans l’affirmative, il était important pour les explorateurs espagnols d’être les premiers à les atteindre et à publier une estimation de leurs positions respectives. À l’époque, personne ne pouvait calculer une longitude avec précision et, une fois ces terres incluses dans la zone de prépondérance espagnole, il serait difficile par la suite à une autre puissance de faire valoir des droits de souveraineté.

Au terme de sa troisième, Colomb fit terre sur Trinidad, une nouvelle île qui allongeait la liste de ses découvertes. Quelques jours plus tard, ses hommes prenaient pied sur une plage de l’embouchure de l’Orénoque. Colomb s’affirma qu’il s’agissait d’une nouvelle île, mais une reconnaissance du golfe de Paria l’amena à changer d’avis ; le courant du fleuve faisait dériver ses navires et une île n’aurait su servir de bassin à un tel cours d’eau. « Je crois », écrit-il, « qu’il s’agit là d’un très grand continent, inconnu jusqu’à ce jour ».

Puis, renonçant à son approche logique du problème, il décida que le continent qu’il venait d’atteindre n’était pas entièrement nouveau et qu’il s’agissait plutôt du seuil du Paradis Terrestre, ce domaine béni, qui avait fait l’objet de si vives controverses entre les géographes médiévaux. Il aspirait ardemment à pénétrer dans ce royaume enchanteur mais ses matelots grommelaient et les provisions, destinées à la garnison d’Hispaniola, commençaient à se gâter. Il remonta donc vers le nord, abandonnant la reconnaissance de l’Amérique du Sud à d’autres marins.

Il ne lui restait plus à accomplir qu’un dernier voyage : le quatrième. Il avait découvert les Indes occidentales, la côte de l’Amérique du Sud que l’on a appelée la « Terre-Ferme ». Au cours de l’été 1502, il reconnut la côte de l’Amérique centrale, en faisant escale au Honduras qu’il continuait à confondre avec la péninsule malaise. Entre-temps, Vasco de Gama, contournant le Cap, atteignait les Indes ; le Portugal prenait un net avantage dans la course aux îles des épices et de l’or, tant vantées par Marco Polo. Il était donc urgent pour Colomb de pousser plus au sud et de découvrir un passage vers ces îles fabuleuses. En dépit de vents contraires, l’Amiral longea le Nicaragua et le Costa-Rica. Dans l’actuel état du Panama, il créa la base de Beléen, appelée d’ailleurs à disparaître rapidement. La côte s’orientant au sud-est, il mit un terme à sa reconnaissance ; la « péninsule malaise » était plus étendue qu’il ne le croyait. Le rôle d’explorateur de Colomb s’achevait.

De retour en Espagne en 1504, épuisé physiquement, il devait mourir deux ans plus tard, à l’âge de 55 ans. Sa piètre administration d’Hispaniola et les attaques de ses rivaux l’avaient fait tomber en disgrâce. Certes, cet homme commit des erreurs en tant qu’administrateur mais son sens de la mer, ses qualités de chef et de précurseur à la fois prudent et mystique, prophétique et pratique, firent de lui un des grands pionniers de l’histoire.

Photo : Megan Jorgensen

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