L’art de la navigation

L’exploration implique essentiellement la fixation d’un but et la disposition de moyens nécessaires à l’atteindre. Des hommes intelligents, conscients de leurs entreprises, n’ont exploré que des terres à l’existence desquelles ils croyaient. Ils ne parvenaient à leurs fins que s’ils réussissaient à persuader les commanditaires, d’ailleurs durs à convaincre.  L’objectif d’une expédition a souvent été mystérieux ; l’ampleur des terres à découvrir, leurs ressources, demeuraient hypothétiques.  Mais ce sont là les seuls éléments de l’exploration qui offrent un aspect romanesque. Atteindre un lieu inconnu c’était affronter des dangers, faire preuve de science et de métier, de courage et de patience et non vivre un rêve d’aventure, sauf aux yeux de la postérité. Les tempêtes, les naufrages, les contacts avec les populations hostiles étaient de lot habituel des marins, même de ceux qui naviguaient dans les eaux européennes, et l’explorateur se préparait de son mieux à affronter ces mauvaises fortunes. Pour l’homme de mer de la Renaissance, l’épreuve venait de l’inconnu. Les cartes étant très imprécises, même le meilleur navigateur se trouvait souvent engagé dans des traversées plus longues que prévues. Il s’étonnait de trouver, comme dans l’Atlantique sud ou le Pacifique, des océans immenses là où il comptait voir la terre, ou tout au contraire des terres, les avancées de l’Amérique du Nord ou de l’Asie, là où espérait trouver un passage. En général, c’était imprévu qui provoquait du retard, avec son cortège de maux, d’épidémies, de manque de vivres, de traversées sans fin ou de mois d’emprisonnement dans des glaces.

Pour affronter l’inconnu dans les meilleures conditions possibles, un capitaine avait pour premier souci de se procurer un bon navire. Il n’existait pas de bâtiment spécialement conçu pour l’exploration, aussi lui fallait-il se rabattre sur un des bateaux marchands disponibles au port. Ces bâtiments étaient, la plupart du temps, plutôt petits et trapus, assez larges par rapport à leur longueur, donc solides et bons marins. Ils s’élevaient bien à la lame et leur haute poupe les empêchait d’engager la mer par l’arrière. Ils avaient les défauts de leurs qualités, étaient mauvais marcheurs, inconfortables parce qu’ils dansaient sur les vagues au lieu de les couper. La gamme de ces navires s’étage de la Nina de Christophe Colomb, longue d’environ 21 mètres (c’est d’ailleurs la longueur de certaines types de vedettes rapides de la Seconde guerre mondiale) au Golden Hind, long de 22,55 mètres, à bord duquel Sir Francis Drake fit le tour du monde.

D’autres navires bien plus petits, le Gabriel de 20 tonneaux, par exemple, qui permit à Martin Frobisher de traverser l’Atlantique du Nord, se comportaient également fort bien à la mer. Vers la fin du XVIe siècle, des bâtiments de 500 tonneaux furent construits avec des appuis gouvernementaux afin d’exploiter les découvertes réalisées par les explorateurs, d’assurer le transport des garnisons des points d’appui coloniaux et de ramener des cargaisons de marchandises. Du point de vue de la tenue à la mer et de la maniabilité, les petits bâtiments des explorateurs de l’époque héroïque leur étaient sans doute supérieurs.

baleine

Une baleine en mer. Photo : Univers.GrandQuebec.com

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